Il était une fois, la braderie de Lille 

Les 6 et 7 septembre, la capitale des Flandres a renoué avec sa plus ancienne tradition. Entre brocante géante, moules-​frites à volonté et ambiance de fête, la braderie de Lille est une véritable ins­ti­tu­tion. Mais derrière les étals et les montages de coquilles vides se cachent une tradition qui a traversé les siècles et qui a façonné le patri­moine lillois. 

900 ans d’histoire 

La première trace de la braderie de Lille remonte à 1127. A l’époque il ne s’agit pas encore d’un marché aux puces géant, mais d’une foire marchande où les com­mer­çants viennent écouler leurs produits. 

L’évènement prend ensuite de l’importance au Moyen-​Âge avant de s’épuiser au XIVe siècle lorsque Lille, alors sous autorité espagnole, passe sous domi­na­tion française. Mais le véritable tournant arrive au XVIe siècle. Les domes­tiques sont autorisés à vendre, une fois par an, les objets délaissés par leurs maîtres. Les premiers « bradeux » tiennent leur stand de la tombée du jour, au lever du soleil. La tradition du marché d’occasion est née. 

A la Révolution indus­trielle, la braderie perd peu à peu son rôle éco­no­mique au profil de l’animation populaire. Elle gagne ainsi en folklore. Mai 68 marque une nouvelle ère. La jeunesse voit dans cet évènement une manière de tourner le dos à la société de consom­ma­tion, en pri­vi­lé­giant les marchés aux puces et la seconde main. 

L’ancien maire de la ville, Pierre Mauroy, affirme la braderie comme un symbole de partage et de convi­via­lité. Elle s’inscrit alors défi­ni­ti­ve­ment dans le calen­drier comme un véritable fleuron du patri­moine régional. 

Malgré les annu­la­tions pour tempêtes, les pénuries de moules, un attentat en 2016, le Covid en 2020, elle n’a jamais disparu. L’année dernière plus de 2,5 millions de visiteurs venus du monde entier y ont participé. 

Des moules, des frites, des fripes qui moulent 

C’est sûrement la tradition la plus emblé­ma­tique de la braderie : les tas de coquilles de moules vides qui jonchent les trottoirs. Si le cornet de frites n’apparaît qu’au XXe siècle, les coquilles vides, elles, forment des montagnes depuis le début du XIXe. 

Mais la braderie c’est aussi des kilo­mètres de stands où l’on peut dénicher abso­lu­ment tout et n’importe quoi. Un conseil : se lever tôt pour espérer tomber sur la pépite, et éviter la foule. Le soir, les étudiants prennent le relai et la ville entière vit au rythme de la musique, des bars remplis et des centaines de litres de bière consommés jusqu’au bout de la nuit. 

La braderie a traversé les époques et s’adapte à son temps. Les coquilles de moules sont recyclées pour fabriquer du mobilier, le plastique à usage unique a disparu remplacé par des couverts en bois. Mais l’esprit, lui, ne change pas ! En 2025 son slogan donne le ton « des moules, des frites, des fripes qui moulent » et résume bien ce rendez-​vous du patri­moine régional, que les lillois font perdurer depuis près de neuf siècles. 

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