Lille : la mani­fes­ta­tion du 10 septembre sous tension

La mobi­li­sa­tion « Bloquons tout » a viré à l’affrontement dans le centre-​ville de Lille. Entre slogans, gaz lacry­mo­gènes et vitrines brisées, la journée a laissé une odeur âcre et un goût amer.

Ils étaient venus par milliers ; 40 000 selon la CGT, 8 500 selon la pré­fec­ture. Pour la grande majorité, l’intention était nette : mani­fes­ter serei­ne­ment, avec la convic­tion que la rue reste un espace démo­cra­tique. Certains en famille, d’autres en fauteuil roulant, tous serrés les uns contre les autres dans un centre-​ville paisible au départ. « Au début, ça se passait bien », assure Isaure, étudiante en socio­lo­gie. « Et puis la police a commencé à gazer et à nous arroser d’eau pour que ça colle. » Plus loin, Pavel, la vingtaine, résume la frus­tra­tion d’une géné­ra­tion : « On est là à cause du contexte actuel, on a grandi avec Macron ! » Excédé, il lâche : « Ça gazait pour rien ! »

De nombreux tags ont recouvert les murs de la ville. © Bastien Fanton d’Andon

Des violences bien présentes

Pourtant, certains mani­fes­tants ont bel et bien choisi l’affrontement, mul­ti­pliant dégra­da­tions et violences. L’air s’est chargé d’une fumée dense, portée par les flammes des poubelles ren­ver­sées. Des palis­sades arrachées, des voitures dégradées, les façades des banques recou­vertes de tags rageurs… Lille a changé de visage en quelques minutes. Des agences immo­bi­lières ont découvert leurs vitrines brisées, à l’instar de celles de l’emblématique Printemps. Dans ce chaos, les chevaux de la police ont chargé, dis­per­sant une foule suf­fo­cante sous les gaz lacrymogènes.

Un feu en face du théâtre Sébastopol empêchait les véhicules de circuler. © Elliot Tack

Entre espoir et désillusion

« La colère est légitime », nous a affirmé Karine Trottein, la secré­taire de la Fédération Nord du PCF. Puis elle a nuancé : « On était là pour une manif pacifiste et on n’accepte pas la tournure que ça prend. C’est pas ce qu’il faut retenir de cette journée ! ». Au total, douze personnes ont été inter­pel­lées dans la capitale des Flandres selon la pré­fec­ture, qui se félicite d’avoir œuvré pour la « sécurité de tous ». 450 membre des forces de l’ordre avaient été mobi­li­sées autour du cortège lillois. Le ministre de l’Intérieur démis­sion­naire, Bruno Retailleau, avait annoncé lundi soir avoir sollicité 80 000 policiers et gendarmes dans l’ensemble du pays.

La vitrine de cette agence immo­bi­lière a été détruite lors de la mani­fes­ta­tion. © Léa Mosco

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