
@Arthur Stepanovic
Une exposition temporaire sur l’orientalisme est organisée au palais des Beaux-Arts jusqu’au 4 janvier prochain. Dessins, peintures et photographies mettent en lumière les représentations de l’Orient par les Européens pendant la colonisation, « entre fantasmes et réalités ».
Il suffit d’un instant pour s’imaginer au-delà des mers, sur des terres lointaines prisées par des navigateurs avides d’or et d’épices : à l’occasion de son réaménagement initié dès 2017, le musée emblématique de la capitale des Flandres a fait peau neuve, dévoilant au public des pièces jusqu’alors inédites. Après un bref détour par la pièce réservée aux impressionnistes et aux symbolistes au 1er étage, le visiteur plonge en plein cœur de l’Afrique et de la Chine, en passant par le Levant.
Une iconographie idyllique au service de la conquête
Parmi les nombreuses œuvres mises à la portée du public, le regard se porte tout spécialement sur les nombreuses toiles mettant en scène des habitants lors de leur vie quotidienne. Une attention toute particulière peut être portée à La Mariée juive peinte en 1879 par Alfred Dehodencq. Sous son pinceau se dévoile une jeune promise, représentée en majesté sous les traits d’une princesse biblique. Dans un XIXe siècle sensible à l’héritage antique et marqué par la colonisation de l’Afrique, l’œuvre fait mouche auprès du spectateur.

La femme lascive, objet de convoitise
Le visiteur peut également s’attarder sur l’impressionnante huile sur toile intitulée Intérieur d’un harem au Maroc réalisée en 1878 par Jean-François Constant. Les femmes y sont nombreuses, certaines à moitié dénudées, et toutes apparaissent dans une position d’abandon et d’oisiveté. Léonie, étudiante en master de journalisme, témoigne : « ce tableau est sombre et mystérieux à la fois, comme si le peintre invitait le spectateur à l’indiscrétion ». Ce dernier se retrouve plongé dans l’intimité des personnages.

Un mélange des styles au contact des cultures
L’exposition met un point d’honneur sur sa riche collection de porcelaines et de vaisselles chinoises, à l’image d’un plat à barbe décoré des armes du royaume de France. Réalisée en Chine au début du XVIIIe siècle, la cuvette porte la mention « France » en néerlandais, traduisant des échanges commerciaux dynamiques entre l’Empire du Milieu et les Européens. Il en résulte un mélange des genres qui a donné naissance à des productions culturelles uniques.

L’exposition a le mérite de confronter le spectateur à ses propres préjugés sur des sociétés souvent lointaines. L’accès est compris dans le prix du billet d’entrée du Palais des Beaux-Arts de Lille jusqu’au 4 janvier prochain : c’est l’occasion pour les habitants d’ici ou d’ailleurs de découvrir (ou de redécouvrir) les collections inestimables de ce musée riche en histoire.