Refuser tout contact avec les hommes, voilà ce que prônent les femmes pratiquant le mouvement 4B. Né en Corée du Sud pour lutter contre une misogynie systémique, il s’est récemment exporté en Europe et aux États-Unis. Nous nous sommes penchés sur ce « boycott » des hommes.
La naissance du 4B s’inscrit dans un contexte de misogynie structurelle. Inégalités salariales, pression sociale, fortes attentes patriarcales, culte de la beauté, violences sexuelles, masculinisme… la Corée du Sud fait partie des Etats les plus antiféministes. « Cette image de la femme soumise est très présente dans l’imaginaire masculin » explique Marie Baranger, journaliste spécialiste des Corées. « Cela est dû à une forte frustration sexuelle. » Et ce n’est pas un hasard si le mouvement 4B y est né dans les années 2010. En 2016, une étude menée par le ministère de l’Égalité de genre en Corée du Sud a révélé que plus de 40 % des femmes étaient victimes de violences conjugales. La situation s’est encore aggravée avec l’élection en 2022 du président Yoon Suk-yeol, dont le programme, ouvertement hostile au féminisme, repose sur l’idée que celui-ci serait responsable du faible taux de natalité dans le pays.
Le refus des coréennes
Que signifie 4B ? Les quatre mots commencent tous par « bi », qui se traduit par « non » en Coréen. 4B est donc l’abréviation de quatre refus qui sont le non au mariage (« bihon »), le non aux relations sexuelles (« bisekseu »), le non à la maternité (« bichulsan ») et le non aux rendez-vous avec des hommes (« biyeonae »). Il s’agit d’un féminisme radical qui exprime le fait que les femmes se révoltent contre tout un système machiste. Pour la journaliste, « le mouvement 4B est assez minoritaire mais pour ces femmes, c’est devenu la seule façon de lutter contre ces violences ». On compte environ 5000 femmes qui le pratiquent en Corée du Sud mais il suscite la curiosité à l’international.
Au-delà des frontières de la Corée du Sud
L’engouement pour ce féminisme radical et ce boycott des hommes s’est exporté en Europe et aux Etats-Unis par le biais des réseaux sociaux. Après l’élection de Donald Trump, des femmes se sont filmées et ont posté des vidéos d’elles en train de rompre, de se couper les cheveux, de jeter leur maquillage… À travers le rejet de la féminité, le rejet des hommes et de toute une société. En France, Marie Baranger assimile le 4B au lesbianisme politique. Au-delà même de l’orientation sexuelle, il devient un vrai combat politique : refuser l’hétérosexualité. « Ce type de mouvement n’est pas nouveau mais c’est quelque chose qui revient sur le devant de la scène à cause de l’extrême violence patriarcale. »
Léonie, 28 ans et parisienne, témoigne de son expérience.
Il y a quelques mois, je suis tombée sur une vidéo TikTok qui parlait du mouvement 4B. J’en avais vaguement entendu parler avant, sans vraiment m’y intéresser. J’admirais ce combat des femmes sud-coréennes puis j’ai vu que de plus en plus de femmes commençaient à le suivre en France. C’est assez radical au début, mais ça m’a fait pensé aux relations que j’ai eu avec des hommes contrôlants. Ma charge mentale était si forte que je m’oubliais. J’ai décidé de suivre ce mouvement mais ça ne veut pas dire que je hais les hommes, un amalgame que beaucoup font. Je choisis seulement de vivre pour moi. En fait, il faut voir le 4B comme une réappropriation de sa vie, de son corps. Aujourd’hui je sais que je ne suis pas seule et il y a une vraie sororité qui se crée car au final, on en arrive là car on a toutes un peu eu le même parcours.