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    De Starman à Stargirl : l’ascension d’une figure du drag lillois

    À bientôt 26 ans, Stargirl s’impose sur la scène du drag show lillois depuis main­te­nant six ans. Entre recherche constante de son per­son­nage, renou­vel­le­ment artis­tique et obstacles admi­nis­tra­tifs, elle incarne ces artistes totales que sont les drag queens.

    Tout a commencé dans une chambre

    Avec humilité, Mario retrace le chemin qui l’a mené à son per­son­nage. En 2016, il a 16 ans et se passionne pour Lady Gaga, Mylène Farmer et les « queens du siècle ». Seul face à son miroir, il découvre un goût pour le maquillage. Il teste, progresse et souhaite aller plus loin. En décou­vrant RuPaul’s Drag Race, une évidence s’impose : il veut faire du drag. Fasciné par David Bowie, « Starman » devient « Stargirl ».

    Après un bac­ca­lau­réat lit­té­raire, il part étudier le graphisme à Roubaix. Mais très vite, Stargirl prend une place centrale. L’aventure se poursuit avec son arrivée à Lille, où le per­son­nage commence à se déployer sur scène : « le drag, c’est une forme d’art », résume-​t-​il, pensif.

    « J’ai toujours voulu exprimer ma créativité »

    Stargirl se distingue par une féminité exacerbée, mêlant humour et acces­si­bi­lité. Mais c’est avant tout son amour de la scène et ses lip-​syncs légen­daires qui en font une drag queen incon­tour­nable à Lille. Elle reven­dique avec amusement son surnom de « tata du drag lillois », attentive aux autres artistes et très investie dans « la scène et celles et ceux qui l’occupent ».

    Elle débute sur de petites scènes, notamment rue Nationale, dans le micro­cosme de Wazemmes et à travers dif­fé­rents quartiers de la métropole. Après une période d’autopromotion, elle intègre des col­lec­tifs et des lieux récur­rents comme La Cohue Production, la Bulle Café ou les Sarrazins, qui la pro­gramment régulièrement.

    Progressivement, Stargirl devient une figure familière des drag shows lillois. En avril 2024, elle est invitée par Sasha Velour, gagnante de RuPaul’s Drag Race saison 9, à se produire sur la scène du théâtre Sébastopol. Depuis ses débuts en 2018, elle a multiplié les scènes, des petits lieux auxquels elle reste attachée jusqu’aux grandes salles comme le Zénith de Lille ou le Théâtre du Nord, qu’elle évoque toujours avec modestie.

    Témoin de l’essor du drag lillois et de ses fragilités

    Depuis quelques années, le drag s’est imposé en France comme un art à part entière, mêlant per­for­mance, costume et mise en scène. Figure bien iden­ti­fiée de cette évolution, Stargirl a vu la scène lilloise se trans­for­mer en pro­fon­deur. Selon elle, Lille est devenue, en l’espace de quelques années, l’un des pôles majeurs du drag en France : « Lille est devenue une très grosse scène, la deuxième après Paris. »

    Une esthé­tique commune relie les drag queens lilloises : des « lip-​syncs précis et posés, souvent dra­ma­tiques », où l’authenticité prime sur la sur­en­chère de paillettes ou de danse. Cette identité artis­tique, forgée au fil des soirées, des col­lec­tifs et des lieux culturels, a contribué à faire émerger une scène dense et reconnue.

    Mais cette visi­bi­lité accrue s’accompagne aussi de fra­gi­li­tés, que Stargirl observe de l’intérieur mais avec du recul : « revenus instables », et engoue­ment qui va « sans doute redes­cendre ». Comme toute forme d’art, le drag connaît des hauts et des bas : « Si Drag Race France s’arrête, beaucoup d’artistes vont arrêter ».

    Le maître mot de Stargirl : « ne pas trop se prendre au sérieux », car sans illusion mais sans renoncer, elle le sait, le drag devra se réinventer.



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