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    L’envolée de Violette Braun sur la glace de Milan-Cortina

    Un battement de cils et elle semble déjà si loin. Sa sil­houette en com­bi­nai­son et ses lames brillantes adaptées à son passé en roller aident à la dis­tin­guer. Ses longs cheveux bruns sont attachés en chignon, son bandana et ses lunettes par­fai­te­ment plaqués, elle est aéro­dy­na­mique. Violette Braun a seulement 19 ans et elle a déjà marqué de son nom l’histoire des olympiens français.

    Son passage dans les Jeux de Milan-​Cortina a été aussi rapide que ses courses dans l’anneau de glace et pourtant, son nom a fait vibrer les tribunes. Son sourire et ses larmes ont ralenti le temps après son épreuve en patinage de vitesse. Un temps de pause qui a permis de se ren­sei­gner sur celle qui a repris le stylo pour continuer à écrire le livre des JO d’hiver français.

    Une éclosion à retardement

    Violette Braun semble née pour la vitesse, mais ce n’est pas en patinage qu’elle a commencé les sen­sa­tions de glisse. C’est en roller qu’elle a vécu ses premières envolées. Fille de parents eux-​mêmes fans de la dis­ci­pline, elle a été sur roulettes pendant presque 18 ans avant de chausser les lames.

    Il y a 3 ans, elle devenait vice-​championne du monde junior de roller sur route dans l’épreuve du 15 kilo­mètres à éli­mi­na­tion. C’est lors de cet événement que Violette a été repérée par l’entraîneur national de l’équipe de France. La pro­po­si­tion de sortir de son nid et de tenter le patinage de vitesse a suivi. « Il m’a dit d’essayer, alors je me suis lancée. » retrace-​t-​elle avec beaucoup d’enthousiasme en confé­rence de presse.

    Ainsi, Violette a posé le pied dans ce nouveau sport sans peur. Elle avouera même avoir voulu se lancer depuis qu’elle a visionné les Jeux de 2018. C’est sa déter­mi­na­tion et sa curiosité qui l’ont porté sur la glace : « J’ai commencé à regarder les épreuves aux Jeux olym­piques et je suis rapi­de­ment tombée amoureuse de ce sport ».

    Loin du nid et des siens

    « Je m’entraîne au minimum à 500 kilo­mètres de chez moi. » atteste Violette avec de la mélan­co­lie dans la voix. En effet, il n’existe aucun anneau de glace en France. L’absence d’équipement oblige la jeune femme à partir en Allemagne pour pratiquer son sport. 19 ans, des rêves olym­piques qui se dessinent dans sa tête et pourtant, le poids de la distance avec sa famille et son quotidien stras­bour­geois lui pèsent.

    « Ça fait deux ans que je n’ai pas de vie et que je ne fais que ça » avoue-​t-​elle. Dans son vol vers les JO, Violette a l’impression de perdre quelques plumes. Elle appelle très souvent ses proches et se rassure avec ses peluches lorsque les épreuves de la vie d’athlète sont trop lourdes à porter.

    Ses ailes se forment sur la glace, ses doutes la forment et ses débuts dans la cour des grands la poussent à se dépasser. 19 ans et un mental aussi dur que la glace.

    Arrivée là pour voler très haut

    Les rollers étaient vissés à ses pieds depuis son plus jeune âge, aujourd’hui, du haut de ses 19 ans, Violette Braun montre que sa pantoufle de verre est faite de glace. C’est en patinage de vitesse qu’elle a participé à ses tous premiers Jeux olym­piques le 7 février dernier et s’est glissée une place dans l’histoire du sport.

    Son arrivée sur la glace à Milan est d’autant plus impres­sion­nante lorsque l’on sait qu’elle ne pratique la dis­ci­pline que depuis la saison 2023 – 2024. En moins de deux ans, l’Alsacienne a déployé ses ailes sur l’anneau de glace. « J’aime les sen­sa­tions de glisse, j’ai tout de suite eu l’impression de voler » explique-​t-​elle.

    Elle était pres­sen­tie pour les JO 2030 car elle est encore en appren­tis­sage. Mais ses plumes ont brillé très rapi­de­ment. L’hiver dernier, seulement un an après ses débuts, elle a établi un nouveau record de France du 3 000 m, devenant la première tricolore à passer sous les quatre minutes.

    Cet exploit a ancré sa sil­houette dans les radars. Son record lui a offert le quota olympique pour la France, une première chez les femmes depuis 1988. Tout juste sortie du nid, la voilà à toute vitesse, ses lames au vent, prête pour Milan 2026.

    Reprendre son envol après un choc

    On la suivait toujours de dos, s’élancer sur l’anneau, les JO appro­chant à grands pas. Mais le 14 janvier dernier, la pro­jec­tion de sa sil­houette aux couleurs olym­piques s’est floutée. Victime d’une hémor­ra­gie et d’une rétention d’eau consé­cu­tives à la rupture d’un kyste ovarien, l’anneau olympique semblait s’éloigner pour Violette Braun.

    Elle confiera ensuite : « J’attendais le verdict des médecins pour savoir si je pouvais reprendre l’entraînement ». Le doute et la peur se figent sur la glace pendant un court instant. A la fin de janvier, on apprend fina­le­ment qu’elle par­ti­ci­pera bien aux Jeux 2026 à Milan. Violette Braun arrive, son mental de glace au beau fixe.

    Celle qui visait les JO 2030 pose ses lames sur l’anneau de piste longue de Milan-​Cortina. Elle arrivera fina­le­ment 16ème de l’épreuve du 3 000 m, ses larmes de joie ont fait le tour du monde. « Être sur le départ était déjà une victoire. » souligne Violette. Ce fut un vol mou­ve­menté pour en arriver là pourtant, la Strasbourgeoise ne chan­ge­rait ça pour rien au monde : « J’ai pris conscience que j’étais olym­pienne en fran­chis­sant la ligne d’arrivée. »

    Le stylo glisse sur les pages du livre des JO d’hiver français, son nom se dessine comme son passage sur la glace. Un battement de cils et on sera en 2030, Violette Braun aussi, prête à sur­prendre de nouveau et à se dépasser. Les ailes ouvertes en direction de l’avenir de la dis­ci­pline, sa sil­houette avance. Un battement de cils et elle semble voler au-​dessus de la piste.

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