Pendant deux semaines, le monde a vibré pour des disciplines qu’il ne regarde presque jamais. Le biathlon en prime time, le curling en tendance sur X, le snowboard cross commenté à la pause café. Les Jeux olympiques d’hiver, qui viennent de s’achever, ont une nouvelle fois transformé des sports confidentiels en spectacles internationaux.
Des sports invisibles devenus centraux
Le temps d’une quinzaine, le biathlon est devenu un sport de conversation nationale. Entre deux cours, à la pause déjeuner ou en fin de soirée, on parlait de relais mixte, de pénalités au tir et de centièmes arrachés dans la dernière ligne droite. Puis, presque aussi vite qu’il est apparu, l’engouement s’estompe. Les Jeux olympiques d’hiver, qui viennent de se terminer, laissent derrière eux ce paradoxe, une ferveur massive pour des disciplines que l’on ne regarde quasiment jamais le reste du temps.
En dehors des Jeux, rares sont les retransmissions de skeleton ou de combiné nordique en direct. Pourtant, ces derniers jours, ces sports ont trouvé leur place au cœur des foyers et des discussions. « Je ne regarde jamais les sports d’hiver d’habitude. Je me suis surpris à suivre le curling tous les soirs. Ça m’a permis de découvrir des disciplines dont je ne connaissais même pas les règles », confie David, 22 ans, étudiant. Comme lui, beaucoup ont profité de l’événement pour élargir leur horizon sportif. Le basculement est frappant, des disciplines jugées techniques, parfois difficiles d’accès, deviennent soudain familières. Les règles sont expliquées, les ralentis décryptent chaque geste, les consultants vulgarisent et tout ça au profit du spectateur.
La force du récit olympique
Cette parenthèse médiatique fonctionne parce qu’elle raconte autre chose que le sport. Elle raconte une histoire nationale. Une médaille devient un moment collectif, un direct en pleine journée se transforme en rendez-vous.« Ce que j’ai aimé, c’est qu’on nous explique tout, détaille Clara, 21 ans. Le curling, ça paraissait incompréhensible au début. Et puis, au fil des matchs, on commence à anticiper les coups, à comprendre la stratégie. Ça devient prenant. »
L’effet rareté joue aussi. Parce que ces disciplines sont peu visibles le reste du temps, elles bénéficient d’une curiosité naturelle. « On sait que ça ne dure que deux semaines, alors on en profite », observe Gabin, 23 ans. « C’est un peu comme une série événement, on se met à fond dedans. »
Le succès de cette édition ne se mesure pas uniquement au tableau des médailles. Il se lit aussi dans les audiences et dans l’engagement en ligne. Certains extraits d’épreuves ont circulé massivement, des célébrations sont devenues virales. Des athlètes jusque-là inconnus ont gagné en notoriété en quelques jours. « Je ne regarderai peut-être pas une étape de Coupe du monde de luge dans six mois, confie Coraline en souriant. Mais maintenant, je sais ce que c’est, et je pourrais m’y intéresser si ça repasse. »
Après la parenthèse…
Reste la question de l’après. L’intérêt survivra-t-il à la flamme olympique ? Les fédérations réussiront-elles à conserver une partie de ce public nouvellement acquis ? « Je ne pense pas que je regarderai du biathlon toute l’année, admet Sandrine. Mais au moins, j’y suis plus sensible et je reconnais certains noms. »
Mais la parenthèse est par nature éphémère. Dans quelques semaines, le flot d’actualités reprendra ses habitudes et les sports d’hiver retrouveront une place plus discrète. Pourtant, pendant quinze jours, ils auront existé pleinement, à la une et ont été suivis dans le monde entier. Les Jeux ont ce pouvoir singulier, briser la glace médiatique, offrir une visibilité rare, puis s’effacer. Jusqu’à la prochaine flamme…