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    Contrôle numérique : jusqu’où la France peut réguler Internet ?

    Alors que la France veut interdire les réseaux sociaux aux moins de 15 ans, la question des VPN et des tech­niques de contour­ne­ment ressurgit. Des sites por­no­gra­phiques à Sci-​Hub, jusqu’aux services en .onion sur Tor, chaque étage du web révèle les limites tech­niques et poli­tiques d’un contrôle strict d’Internet

    La bataille pour « protéger les mineurs » et lutter contre les contenus illégaux ne se joue plus seulement dans les textes de loi mais dans les couches les plus profondes de l’architecture du réseau. Et plus on descend, plus les fron­tières natio­nales s’effritent.

    Une « majorité numérique » à 15 ans : une loi qui se heurte à la réalité du réseau

    En France, le gou­ver­ne­ment porte un projet de loi visant à interdire l’accès aux réseaux sociaux aux moins de 15 ans, en ins­tau­rant une véritable « majorité numérique ». Le texte prévoit l’obligation de véri­fi­ca­tion d’âge pour toutes les pla­te­formes concer­nées, avec un objectif d’entrée en vigueur autour de la rentrée 2026.

    Sur le papier, la logique est simple : empêcher les plus jeunes de s’inscrire sur TikTok, Instagram, Snapchat, ou toute autre appli­ca­tion sociale et encadrer plus stric­te­ment l’accès des 15 – 18 ans.

    Dans la réalité, cette mesure soulève immé­dia­te­ment une question : comment s’assurer qu’un mineur ne contourne pas la barrière en quelques clics, en modifiant sa date de naissance, en utilisant le téléphone d’un adulte, ou en passant par un autre pays virtuel grâce à un VPN ?

    Le sujet est d’ailleurs déjà dans le viseur du gou­ver­ne­ment. Anne Le Hénanff, ministre déléguée chargée de l’Intelligence arti­fi­cielle et du Numérique, l’a résumé sans détour : « Les VPN, c’est le prochain sujet sur ma liste. », a‑t-​elle déclaré sur Franceinfo le 30 janvier 2026.

    Ce détail est révé­la­teur, l’État comprend que la régu­la­tion ne se joue plus seulement sur les pla­te­formes mais sur les outils qui per­mettent de s’en affran­chir. Pourtant, à peine évoquée, l’idée a déjà suscité un tollé : les VPN servent aussi au télé­tra­vail, à la pro­tec­tion de la vie privée, ou au contour­ne­ment de la censure dans des pays autoritaires.

    Les sites porno : le labo­ra­toire du contour­ne­ment par VPN

    La France a déjà expé­ri­menté une première forme de régu­la­tion « à la source » avec les sites por­no­gra­phiques. Sous la pression du régu­la­teur, ces pla­te­formes doivent mettre en place une véri­fi­ca­tion d’âge plus robuste qu’un simple bouton « Avez-​vous plus de 18 ans ? ».

    Mais très vite, une réalité s’est imposée : dès que le dis­po­si­tif repose sur la loca­li­sa­tion de l’internaute, un VPN permet de s’en affran­chir. Un VPN (Virtual Private Network) est un service qui crée un tunnel chiffré entre l’utilisateur et un serveur situé ailleurs dans le monde. Pour le site visité, l’internaute ne semble plus se connecter depuis la France mais depuis le pays du serveur VPN (Pays-​Bas, Suisse, Canada, etc.). Résultat : les mesures spé­ci­fiques imposées sur le ter­ri­toire français cessent de s’appliquer.

    Ici, le verrou n’est pas un blocage du site au niveau du web, puisque les pla­te­formes restent visibles dans les moteurs de recherche et acces­sibles en clair. Le contrôle se joue prin­ci­pa­le­ment sur un critère simple : l’adresse IP, c’est-à-dire l’ « adresse réseau » qui permet d’estimer depuis quel pays se connecte l’utilisateur. Et c’est là qu’un bas­cu­le­ment culturel se produit : pour une partie des inter­nautes, le réflexe est désormais acquis. Une res­tric­tion nationale ? On lance un VPN et la frontière numérique se dissout. C’est un point clé car les inter­dic­tions en ligne fonc­tionnent surtout sur ceux qui n’essaient pas de les contourner.

    DNS et Sci-​Hub : l’annuaire du web face au jeu du chat et de la souris

    Pour com­prendre pourquoi certains blocages sont si faciles à contour­ner, il faut expliquer une brique essen­tielle d’Internet : le DNS.

    Le DNS (Domain Name System) est l’annuaire du web. Quand vous tapez « sci​-hub​.se » ou « instagram​.com », votre ordi­na­teur demande à un serveur DNS : « quelle adresse IP cor­res­pond à ce nom ? ». L’adresse IP est l’équivalent d’une adresse postale : elle désigne le serveur où se trouve le site. Bloquer un site « par DNS », c’est donc empêcher cet annuaire de répondre cor­rec­te­ment. Le site n’a pas disparu mais son nom ne mène plus à rien. Ce type de blocage est simple à mettre en œuvre via les four­nis­seurs d’accès mais il reste fragile : il suffit souvent de changer de DNS (Google, Cloudflare, Quad9…) ou d’utiliser un VPN.

    Sci-​Hub est l’exemple parfait de cette limite. Ce site, qui donne accès gra­tui­te­ment à plus de 80 millions d’articles scien­ti­fiques nor­ma­le­ment payants, est illégal en France car il diffuse des contenus protégés par le droit d’auteur. Des décisions de justice ont donc conduit à des ordres de blocage, souvent appliqués via le DNS. Plutôt que de dis­pa­raître, Sci-​Hub s’est adapté en mul­ti­pliant les noms de domaine : .org, .io, .se, .yt, et une longue série de miroirs plus ou moins éphémères. Quand un domaine est bloqué, un autre prend le relais, relayé par les com­mu­nau­tés étu­diantes et uni­ver­si­taires. Pour les autorités, c’est un jeu de chat et de souris permanent. Et pour les uti­li­sa­teurs, le contour­ne­ment devient un réflexe : retrouver le nouveau domaine fonc­tion­nel et, si néces­saire, passer par un VPN pour sortir du ter­ri­toire numérique français.

    Tor et les services .onion : le niveau où les fron­tières disparaissent

    Dernier étage, ou plutôt dernier sous-​sol : les services en .onion, acces­sibles uni­que­ment via Tor. Ici, on ne parle plus d’un site web classique que l’on atteint via un DNS public, mais de services dont l’adresse n’existe qu’à l’intérieur du réseau Tor.

    Tor (The Onion Router) est un réseau d’anonymisation : au lieu d’aller direc­te­ment du navi­ga­teur au site, la connexion passe par plusieurs relais chiffrés. Chaque relais ne connaît qu’une partie du trajet, ce qui rend beaucoup plus difficile l’identification de l’utilisateur et la sur­veillance du trafic. Les sites en .onion (appelés « services onion ») vont encore plus loin : ils ne sont pas seulement consultés via Tor, ils sont conçus pour n’exister qu’à l’intérieur de Tor. Leur adresse ne se termine pas par .com ou .fr, mais par .onion, et elle n’est pas enre­gis­trée dans le DNS public. Dans cet espace, les blocages DNS ou IP clas­siques perdent donc presque tout effet utile.

    L’exemple de Facebook illustre bien ce bas­cu­le­ment. Facebook a mis à dis­po­si­tion une version .onion offi­cielle de son service. Le but n’est pas de créer un « Facebook clan­des­tin » mais de permettre à des inter­nautes de se connecter depuis des pays où facebook​.com est filtré ou surveillé. Le .onion devient alors une porte d’entrée alter­na­tive : l’utilisateur reste sur Facebook mais le trajet réseau est différent, chiffré, et beaucoup plus difficile à bloquer. Et pour d’autres services comme les forums, ima­ge­boards, ou « 4chan de Tor », l’enjeu est encore plus radical : certains n’existent que dans cet espace, sans miroir sur le web classique.

    Les limites du contrôle national

    Pour un État qui voudrait interdire l’accès à ces services, la vraie question devient : faut-​il bloquer Tor lui-​même ? Cela sup­po­se­rait d’identifier et filtrer ses relais, d’analyser pro­fon­dé­ment le trafic (DPI), voire de cri­mi­na­li­ser son usage. Mais Tor protège aussi jour­na­listes, militants et lanceurs d’alerte : la régu­la­tion cesse alors d’être purement technique pour devenir une question démocratique.

    Cette logique se retrouve à tous les niveaux : de la loi sur les réseaux sociaux aux sites por­no­gra­phiques, de Sci-​Hub aux services .onion, l’État tente de réaf­fir­mer sa sou­ve­rai­neté numérique alors que l’architecture d’Internet est pensée pour être dis­tri­buée et contour­nable. Les blocages DNS ou IP peuvent freiner ou dissuader mais plus les inter­nautes maî­trisent VPN, chan­ge­ment de DNS ou navi­ga­tion via Tor, plus ces barrières deviennent symboliques.

    La future inter­dic­tion des réseaux sociaux aux moins de 15 ans s’inscrit dans ce même continuum. Elle touchera ceux qui ne cherchent pas à la contour­ner, mais pour les autres, déjà familiers des outils de contour­ne­ment, elle ajoutera surtout une nouvelle couche à une longue histoire : sur Internet, chaque fermeture appelle presque méca­ni­que­ment une porte dérobée. Le contrôle existe mais il reste sta­tis­tique et jamais total.

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