En quarante ans, The Legend of Zelda n’a pas fait que marquer des générations : la saga a constamment redéfini les standards et bouleversé l’industrie du jeu vidéo.
Il y a exactement quarante ans, en février 1986, une petite cartouche dorée glissait dans les entrailles de la Famicom au Japon. Imaginée par Shigeru Miyamoto et Takashi Tezuka, elle invitait les joueurs à se perdre dans les bois, à explorer des grottes et à vivre une aventure sans chemin balisé. Aujourd’hui, The Legend of Zelda souffle ses 40 bougies. Plus qu’une simple franchise à succès, c’est un laboratoire d’innovations qui a systématiquement dicté le tempo de l’industrie vidéoludique.
Pourquoi cette saga est-elle considérée comme la pierre angulaire du game design moderne ? Retour sur quatre décennies d’impact.
L’invention de l’aventure non-linéaire (1986)
À une époque où les jeux d’arcade imposaient un défilement continu vers la droite (comme Super Mario Bros., sorti un an plus tôt), The Legend of Zelda fait un pari fou : lâcher le joueur au milieu de nulle part, sans indication claire.
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Le monde ouvert avant l’heure : Le jeu introduit l’idée d’un monde vaste et interconnecté que le joueur explore à son propre rythme. Cette liberté d’action est la matrice de ce que l’on appellera bien plus tard l”« open world ».
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La sauvegarde : C’est le premier jeu sur console de salon à intégrer une pile de sauvegarde dans la cartouche. Fini les mots de passe à rallonge ; l’aventure devenait un voyage au long cours, étalé sur plusieurs semaines.
« Zelda a transformé le jeu vidéo d’une épreuve d’adresse en un voyage d’exploration. »
La révolution de la 3D et du « Z‑Targeting » (1998)
Le passage à la 3D à la fin des années 90 a été un cimetière pour de nombreuses licences classiques. Avec Ocarina of Time (1998), Nintendo ne s’est pas contenté de réussir la transition : l’entreprise a écrit le manuel d’utilisation de la 3D.
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La visée Z (Z‑Targeting) : Comment combattre efficacement dans un espace en trois dimensions sans perdre son ennemi de vue ? En verrouillant la caméra sur lui. Cette mécanique, d’une simplicité enfantine, a été reprise par la quasi-totalité des jeux d’action-aventure depuis, de Dark Souls à God of War.
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Contextualité des commandes : Le bouton d’action s’adaptant à la situation (parler, ouvrir, grimper) a permis de libérer les manettes d’une surcharge de boutons de commandes.
Le monde ouvert systémique : Briser les codes (2017 – 2023)
À la fin des années 2010, le genre du monde ouvert s’essoufflait, noyé sous les listes d’objectifs et les points d’intérêt surchargés. En 2017, Breath of the Wild (puis sa suite Tears of the Kingdom en 2023) a provoqué un nouveau séisme.
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Le moteur physique et chimique : Plutôt que de coder des interactions scripts, Nintendo a développé un moteur systémique. Le feu brûle l’herbe, la chaleur crée des courants d’air ascendants, le métal attire la foudre. Le joueur ne résout plus une énigme avec la solution prévue par les développeurs, mais avec sa solution.
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La liberté de mouvement absolue : La possibilité d’escalader n’importe quelle surface, couplée à l’utilisation de la paravoile, a rendu l’exploration organique. Des jeux récents comme Genshin Impact ou Elden Ring ont largement puisé dans cette philosophie.
Un héritage culturel indélébile
L’impact de Zelda, c’est aussi un langage universel. Les compositions musicales de Koji Kondo (le thème principal, la berceuse de Zelda) sont étudiées dans les conservatoires et jouées par des orchestres symphoniques du monde entier. La structure narrative de la franchise, bien que classique (le mythe du Héros, du Mal et de la Sagesse incarnés par la Triforce), a façonné la culture populaire bien au-delà de nos écrans.
Adrien, passionné de cet univers, déclare que « c’est une franchise qui a parcouru les âges, pour proposer une expérience à chaque génération de joueurs. Pour certains, ça peut être le sombre Majora’s Mask ou pour d’autres la liberté offerte par Breath of the Wild.»
Quarante ans après avoir brandi une épée en bois pixelisée pour la première fois, Link est bien plus qu’un simple avatar. Il est le témoin et l’architecte de l’évolution de notre média. Alors que nous célébrons ce quarantième anniversaire, pour Adrien, « Nintendo ne doit pas rater cet anniversaire car ça pourrait entacher la réputation d’une de ces licences les plus lucratives.» La seule question qui subsiste n’est pas de savoir si le prochain Zelda sera bon, mais comment il va redéfinir le jeu vidéo de demain.