À Lille, lorsque vous êtes en danger : « Demandez Angela ! »

Selon le ministère de l’Intérieur, Lille était en 2020 la grande ville française qui comptait le plus de coups et de blessures volon­taires. Pour contrer cette insé­cu­rité gran­dis­sante, la mairie de Lille a mis en place depuis novembre 2022 un système visant à protéger quiconque se sentirait en danger dans les espaces publics : c’est le dis­po­si­tif « Demandez Angela ».

En vigueur dans certains pays comme le Royaume Uni ou les Etats-​Unis, la mise en place de ce système avait été annoncée par la secré­taire d’État en 2020, dans le cadre de son plan contre les agres­sions de rue. En effet, après les longues périodes de confi­ne­ment, des plaintes avaient été déposées par de nom­breuses femmes suite au har­cè­le­ment qu’elles affir­maient subir trop souvent dans les espaces publics, alors que les témoins se faisaient plus rares. Marlène Schiappa avait alors porté cette question au cœur de la dernière campagne pré­si­den­tielle pour réaf­fir­mer les notions de consen­te­ment et de sécurité en pleine explosion des violences sexuelles. Après Nîmes, Bordeaux, Rouen ou encore Lyon, il aura fallu attendre la fin 2022 pour voir naître ce projet dans la métropole lilloise.

Trouver refuge dans un éta­blis­se­ment partenaire

Pour demander Angela, il suffit à la personne impor­tu­née de se rendre dans un éta­blis­se­ment par­te­naire recon­nais­sable grâce à la petite vignette mauve qui indique le lieu digne de confiance. Elle pourra se diriger vers le personnel de l’établissement et demander « où est Angela ? ». Ainsi alertée, la personne res­pon­sable du lieu mettra en sécurité la victime, alertant la police au besoin. Pour le gérant du Queen Victoria, un bar fréquenté du centre-​ville lillois, même si la formule n’a heu­reu­se­ment jamais été utilisée pour le moment, cela « permet de com­mu­ni­quer aux équipes la marche à suivre avec les victimes », les alertant ainsi sur les dangers que peuvent encourir leurs clients, aux abords et même à l’intérieur de l’établissement.

« On essaye de com­prendre, on donne un verre d’eau, on calme, on rassure. »

Jérôme, le patron de la boîte de nuit La Relève, a pour mots d’ordre la sécurité et le réconfort qu’il veut mettre en vigueur au sein de ses équipes. « Notre but, ce n’est pas d’intervenir, ce n’est pas de faire la police, c’est de mettre en sécurité. Je dois apprendre ça à mes gars ». Mais pour lui, « les premiers secours psy­cho­lo­giques » ne sont pas moins impor­tants. « On essaye de com­prendre, on donne un verre d’eau, on calme, on rassure. »

Pourtant, auprès des Lillois, le système ne semble pas encore très populaire. Beaucoup n’en ont encore jamais entendu parler. « Je ne connais­sais pas Angela. Je ne l’ai vue nulle part, sur aucun des réseaux sociaux, sur aucun site, dans aucune fac », s’étonne Mathilde, étudiante à l’Université de Lille. Jean-​Baptiste, patron d’un bar de la métropole, dénonce un manque de com­mu­ni­ca­tion certain de la part de la mairie et des écoles avec les­quelles bars et boîtes de nuit devraient, selon lui, s’as­so­cier pour alerter les jeunes des dangers et des moyens de sécurité mis à leur dis­po­si­tion. Une bonne idée en soit, mais qui gagnerait à se faire connaître davantage pour assurer plus de sécurité au sein de la ville.

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