Hyperréalistes, coûteux et omniprésents sur les réseaux sociaux, les bébés reborn s’imposent, depuis 2025, chez de nombreuses familles. Objet de luxe ou soutien thérapeutique, la demande atteint un niveau presque inédit, créant quelques controverses.
Ils ont la peau souple, une nuque qui bascule en arrière comme celle d’un nourrisson, des cheveux implantés fil à fil, parfois même un souffle et des battements de cœur. Les bébés « reborn » sont des poupées en silicone conçues pour imiter les vrais bébés avec un réalisme troublant. Apparues dans les années 1990 aux États-Unis, ces créations artisanales se sont mondialement diffusées, gagnant en popularité.
Longtemps réservés pour le cinéma ou certaines thérapies, les bébés reborn connaissent aujourd’hui un tournant. Ces derniers mois marquent un pic de la demande, porté notamment par les réseaux sociaux. Sur TikTok, des milliers de vidéos montrent ces faux nourrissons habillés, bercés ou promenés. Les réactions sont partagées entre moqueries, indignation et compassion. Contactée sur son compte TikTok, Mathilde, 32 ans, possède deux poupées et explique : « Pour moi c’est comme un besoin, je n’ai pas la possibilité d’être mère alors m’occuper de ce bébé, qui ressemble en tout point à un vrai, me fait du bien et me réconforte ». À l’inverse, Théo, 28 ans, qui voit ces vidéos apparaître sur son feed, « comprends l’aspect thérapeutique, mais certaines publications me mettent mal à l’aise. On voit des adultes se comporter au quotidien comme de vrais parents. C’est très troublant.»
Un marché qui fait polémique
Autour des bébés reborn s’est construit un véritable commerce. Les prix varient fortement selon le degré de réalisme : de 200 euros pour les modèles les plus simples à plus de 22 000 euros pour les pièces les plus abouties. À cela s’ajoutent des accessoires, vêtements et poussettes. En France, le phénomène a pris une ampleur suffisante pour créer des situations encore jamais vues. Des cabinets de pédiatrie rapportent avoir vu des « parents » de bébés reborn réclamer des consultations pour leurs poupées.
Plus surprenant encore, une prétendue crèche dédiée exclusivement aux bébés reborn aurait ouvert dans le Nord, à Somain. En réalité, cet établissement n’existe pas. Il s’agit d’une complète mise en scène, orchestrée par Thérèse Dune, connue pour ses « buzz » sur les réseaux sociaux. Les nombreuses séquences postées sur son compte Tiktok détourne intentionnellement les codes d’une crèche classique : lits à barreaux, tables à langer, jouets ou encore biberons.
Les tarifs évoqués, 9 euros de l’heure ou 65 euros la journée, font eux aussi partie de la supercherie. Face à l’ampleur des réactions et aux nombreuses interrogations, la mairie de Somain a été contrainte de préciser publiquement que cet établissement n’existait pas, après avoir été sollicitée par des personnes cherchant à vérifier l’information.
Un usage thérapeutique
Réduire les bébés reborn à une excentricité serait toutefois simpliste. Leur usage thérapeutique est documenté. À Paris, le praticien généraliste, Dr Desroseaux, explique notamment que « dans certaines maisons de retraite ou structures médicales, ces poupées sont utilisées auprès de personnes âgées, de parents qui ont tragiquement perdu un enfant, de patients souffrant de troubles anxieux ou de dépression chronique ». Le geste de bercer, d’habiller ou de nourrir procure une sensation de contact et de réconfort, particulièrement dans des contextes de grande solitude.
Ce bien-être thérapeutique justifie en partie l’adhésion de personnes dans le besoin et bien loin des caricatures véhiculées en ligne. Toutefois, le malaise apparaît lorsque l’objet n’est plus présenté comme un support, mais comme un substitut à la réalité.