Dangers de la cigarette élec­tro­nique : les vapoteurs dans le flou

Après la publi­ca­tion d’un rapport de l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) pointant des risques car­dio­vas­cu­laires « probables » et can­cé­ri­gènes « possibles » liés au vapotage, le débat se ravive. À lille, jeunes consom­ma­teurs, médecins et com­mer­çants décrivent une réalité plus nuancée, faite d’outils de sevrage et d’incertitudes persistantes.

« Je sais qu’il y a sûrement des risques, mais mon addiction est trop forte. » À 18 ans, Laura vapote quo­ti­dien­ne­ment. Elle n’a jamais été fumeuse et a commencé au lycée, d’abord par curiosité. Rapidement, la nicotine a installé une dépen­dance. « J’ai déjà essayé d’arrêter. Je tiens quelques jours et je replonge. Je me dis que c’est toujours mieux que la cigarette. » La semaine dernière, l’Agence nationale de sécurité sanitaire a publié un rapport très attendu. Après avoir analysé près de 3 000 études, l’agence évoque des effets car­dio­vas­cu­laires « probables », des impacts res­pi­ra­toires et can­cé­ro­gènes « possibles », et souligne surtout un manque de recul. Si le tabac reste bien plus nocif, la vape n’est pas sans danger. Après avoir vu l’information passer, Théophile, 28 ans, souhaite ralentir son expo­si­tion « On joue un peu les cobayes. La cigarette élec­tro­nique, ça ne fait pas si longtemps que ça existe. Dans 10 ou 20 ans, on décou­vrira peut-​être de nouvelles maladies dont on n’a aucune idée aujourd’hui. » Pour lui, l’incertitude suffit à douter.

Théophile, 28 ans, vapote mais souhaite ralentir son expo­si­tion. © R. Pazuelo

Un outil à utiliser avec précaution

Au CHU de Lille, le taba­co­logue Yiannis Psonka ne se dit pas surpris par les conclu­sions de l’Anses, bien qu’il loue sa média­ti­sa­tion. « La position reste consen­suelle : la cigarette élec­tro­nique peut être un outil pour aider à arrêter de fumer, à condition d’être utilisée dans un cadre précis. » Ce cadre est clair : vapoter seulement à la place des ciga­rettes et de façon tem­po­raire. « L’objectif n’est pas d’entretenir une dépen­dance chronique. » ajoute-​t-​il. Le médecin rappelle que des effets car­dio­vas­cu­laires rapides existent (accé­lé­ra­tion du rythme cardiaque, rigidité vas­cu­laire) sans preuve formelle d’une hausse des maladies à ce stade. Des incer­ti­tudes demeurent aussi sur les risques à long terme, notamment cancéreux. Il ajoute également que plus l’exposition débute jeune, plus cerveau est sus­cep­tible de déve­lop­per une dépendance.

En boutique, la peur du récit médiatique

Dans son magasin spé­cia­lisé de la rue Gambetta, à Lille, Mathias, vendeur, constate déjà les effets de la média­ti­sa­tion. « Je pense que ça va avoir un petit impact sur la clientèle, avec des gens qui viendront peut-​être moins… La presse y est en grande partie pour quelque chose. Les titres sont souvent exagérés, du genre “la vape est plus toxique que prévu !”… Alors qu’en réalité, c’est beaucoup plus nuancé. » Il insiste sur la vocation de sevrage de la cigarette élec­tro­nique. « Nous avons toujours été trans­pa­rents : l’objectif, c’est d’arrêter la cigarette à long terme. Et je préfère mille fois qu’un jeune déjà fumeur passe à la vape plutôt qu’il continue à fumer. » Même si la cigarette élec­tro­nique reste dans une zone grise, tous s’accordent sur un point : face aux dizaines de milliers de morts annuelles liées au tabac en France, la cigarette fumée reste l’ennemi numéro un.

A la Maison du Vapoteur, la moyenne d’âge de la clientèle se situe autour de 30 à 35 ans. © R. Pazuelo

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