Filmer sans sortir son téléphone : la promesse des lunettes connectées séduit de plus en plus. Mais sous ces montures se cache aussi un outil capable de filmer n’importe qui, à son insu.
Clara* témoigne : « Je ne me suis pas rendue compte qu’il me prenait en photo ». Un samedi, elle rencontre un homme avec qui elle échangeait depuis un mois et demi. Ce matin-là, il lui montre ses nouvelles lunettes Meta, la marque du modèle le plus répandu de ces lunettes connectées.
Une fois rentré chez lui, cet homme lui envoie une photo d’elle, prise durant la matinée sans qu’elle s’en aperçoive. « Ca me fait peur, car ce matin-là, il m’a vue en sous-vêtements en train de me changer. Il a peut-être des photos de moi dénudée. » Depuis, Clara avoue scruter systématiquement les lunettes des inconnus qu’elle croise.
Comme elle, plusieurs femmes ont été filmées à leur insu. Le 22 septembre, le parquet de Paris a annoncé ouvrir plusieurs enquêtes pénales à la suite de plaintes déposées à ce sujet, évoquant une « tendance montante sur les réseaux sociaux consistant à filmer des femmes dans la rue avec des lunettes connectées sans leur consentement et publier les vidéos en ligne ».
Un objet qui interroge autant qu’il séduit
Dans les points de vente, nombreux sont les clients interpellés par ces dérives. Mathieu Béliard, opticien-lunettier, raconte : « Récemment, une cliente m’a avoué en avoir peur, car on ne pouvait pas savoir qui était filmé, ni ce que les lunettes voyaient ».
Car sur les montures sombres, la caméra noire se fond dans le décor. En revanche, « Quand la caméra filme ou prend une photo, il y a un voyant lumineux qui s’allume. » note-t-il.
Un engouement qui ne faiblit pas
Pourtant, les ventes explosent. Dans les six derniers mois, les lunettes connectées de Meta ont connu une hausse de 22% de leur volume d’expédition.
Parmi ces utilisateurs, Louis Fosset Berthy, 20 ans. « Je voulais filmer rapidement et facilement mon voyage », explique le jeune homme, qui s’apprête à partir en Australie. Dans l’espace public, Louis reconnaît ne pas prévenir les passants : « La LED est largement assez visible. J’ai déjà eu plusieurs personnes qui ont immédiatement remarqué que je filmais. »
Face aux dérives observées et à l’ouverture des enquêtes, le jeune homme ne remet pas pour autant l’appareil en cause. « Le problème vient surtout de la manière dont certaines personnes l’utilisent. Il faut simplement que les utilisateurs restent responsables et respectueux. »
La frontière entre responsabilité individuelle et protection de la vie privée reste ténue. Alors que la technologie progresse plus vite que la prise de conscience collective, une question demeure : le simple clignotement d’une LED suffira-t-il à préserver notre intimité face à des objectifs de plus en plus invisibles ?
*NLDR : le prénom a été modifié

Ce qu’il faut savoir
- 3018 : c’est le numéro national gratuit et anonyme dédié aux victimes de violences numériques.
- Condamnation à un an de prison, et 45 000€ d’amende pour avoir filmé quelqu’un dans un lieu privé sans son consentement (art.226 – 1 du Code pénal).
- Condamnation à deux ans de prison et 45 000€ d’amende pour avoir diffusé, sans accord, une image ou une vidéo montrant une personne.