Face au diffuseur DAZN qui ne satisfait pas leur attentes autant d’un point de vue économique que qualitatif, les supporters de foot font savoir leur ras-le-bol face à la manière dont leur championnat est traité.
Ce week-end, les fans de football auront peut-être la chance d’assister à un beau match de Ligue 1. Pour ce qui est de la méthode de visionnage, chacun aura la sienne, celle qu’il a choisie par défaut ou celle qui lui convient le mieux. Mais dans tous les cas, un sentiment semble se dégager parmi tous les fans : une frustration et une lassitude qui grandissent depuis le début de la saison. Ce week-end, Jérémy, étudiant dans le Nord et supporter de l’AS Saint-Etienne, va suivre le match de son équipe chez le diffuseur officiel DAZN. La chaîne avait récupéré les droits de huit des neuf matchs du championnat de France, l’été dernier en les proposant avec un abonnement de quasiment 30€ par mois. Un prix élevé qui en a refroidi plus d’un, notamment Jérémy qui privilégiait le streaming. « Les prix étaient vraiment trop élevés au début, je ne pouvais pas me le permettre », explique-t-il. Au fur et à mesure de la saison, DAZN baisse ses prix par manque d’abonnements (500 000 abonnements atteints en février, loin des 1 500 000 espérés pour décembre 2025). L’offre passe à 19,99€ par mois. Jérémy finit par craquer en décembre lorsque la chaîne lance un abonnement à 70€ à payer en une fois jusqu’à la fin de la saison. « C’était devenu impossible de suivre en ligne, ils se sont mis à bloquer tous les liens qu’on pouvait trouver sur internet. »

« C’est le pire diffuseur à avoir obtenu les droits du championnat. »
Deux mois plus tard après son offre de décembre, DAZN propose une nouvelle offre à 10€ par mois pour les étudiants. Si Jérémy s’estime « piégé » par la première offre, il n’est pas le plus à plaindre. Serge, retraité et fan de l’Olympique lyonnais, a pris l’abonnement dès l’été dernier pour suivre son équipe. C’est avec frustration qu’il voit les prix baisser constamment en continuant de payer l’offre initiale. « Je me suis engagé pour un an, maintenant je ne peux plus changer, alors que beaucoup ne payent plus que 20 euros par mois. » Non seulement le prix ne lui convient pas, mais en plus de cela, face au produit pour lequel il a payé, le supporter ne mâche pas ses mots. « C’est le pire diffuseur à avoir obtenu les droits du championnat. La qualité des matchs n’est pas terrible, on a des matchs sans avant-match alors qu’il n’utilise qu’un de leurs canaux. C’est vraiment une piètre qualité de diffusion par rapport à ce que l’on paye. » La chaîne subit également le manque de diversité de son offre en dehors du championnat de France, c’est ce que pense William, un supporter du PSG qui se refuse à souscrire à DAZN. « On ne peut pas faire marcher une chaîne avec un abonnement aussi cher avec simplement la Ligue 1. C’est hors de question que je cumule un autre abonnement pour voir quatre matchs par mois. »
Quel est le meilleur rapport qualité/prix ?
En dehors de la diffusion, il existe une autre méthode pour regarder du foot : aller au stade. C’est le choix que Théo, professeur, privilégie en tant que supporter du LOSC. Pour lui, les matchs c’est au stade et pas ailleurs. « Pour moi, le football, ça se vit. J’ai un abonnement en tribune active et je me déplace avec les supporters dès que je le peux. » Évidemment, le prix de tous ses déplacements dépasse celui d’un abonnement télévisuel, mais Théo ne regrette pas son choix. « Au niveau qualité-prix, je ne suis pas sûr que ce soit la meilleure option, mais en tant que supporter et au niveau émotionnel, c’est ce qu’il y a de mieux. » Il rejette cependant DAZN dont il trouve l’offre « démesurée et qui souhaite vendre la Ligue 1 à un prix qu’elle ne vaut pas ». Il y a donc bien des manières de suivre le football aujourd’hui, mais la lassitude provoquée par le changement constant de diffuseur ces dernières années accentue encore davantage la perte d’intérêt pour les chaînes de télévision spécialisées dans le domaine.

Le fléau de l’IPTV
L’IPTV est devenu le mode de diffusion illégal le plus célèbre chez les amateurs de streaming. Des services de télévision par Internet diffusant illégalement des contenus aux droits réservés, dont l’abonnement se paye entre 15 et 50 euros. DAZN peste contre l’Arcom et la Ligue de football professionnel pour le manque d’aide sur ce sujet. « L’Arcom ne travaille pas le week-end. En Italie, on est capable de bloquer 18 000 liens par week-end, en France c’est 5000 par an ! », se plaignait Brice Daumain, le PDG de DAZN, dans une interview dans Le Figaro. On peut comprendre la frustration de la chaîne quand, en début de saison, les abonnements à l’IPTV étaient chiffrés à un million, soit deux tiers de l’objectif que s’était fixé DAZN avant décembre 2025.