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    « Nous ne sommes pas en sécurité » : En Turquie, la colère des femmes contre les féminicides

    En Turquie, six fémi­ni­cides ont été recensés en quatre jours, entre le 4 et le 8 octobre 2024, alors que 34 femmes ont péri sous les coups d’un homme en septembre 2024, selon l’organisation féministe Kadin Meclisleri. Face à ce pic de fémi­ni­cides, les femmes des­cendent dans les rues et appellent au chan­ge­ment. Feyza Senturk, qui a organisé une mani­fes­ta­tion à Londres, s’est exprimée pour Contrepoint.

    Depuis une semaine, dif­fé­rentes orga­ni­sa­tions fémi­nistes appellent à mani­fes­ter à travers la Turquie, mais aussi dans d’autres villes du monde, en soli­da­rité avec les femmes turques. De Bursa à Antalya, en passant par Adana, Ankara et Istanbul, de grands ras­sem­ble­ments réunis­sant des milliers de personnes ont eu lieu les 8 et 9 octobre 2024, et conti­nuent à être organisés.

    261 fémi­ni­cides en 2024

    Ce qui a mis le feu aux poudres, c’est le double assas­si­nat de deux jeunes femmes de 19 ans le 4 octobre dernier, à Edirnekapi, un quartier d’Istanbul. Ikbal Uzuner aurait été décapitée dans les rues de la ville par un camarade de classe, lequel aurait également tranché la gorge d’Aysenur Halil le même jour. Les trois jours suivants, quatre autres fémi­ni­cides ont été recensés dans le pays. Pour rappel, un fémi­ni­cide désigne le meurtre d’une femme ou d’une jeune fille lié au fait qu’elles sont des femmes, selon la défi­ni­tion du Robert.

    Ce pic de fémi­ni­cides exacerbe la situation d’insécurité qui règne en Turquie. Depuis le début de l’année 2024, ce sont pas moins de 261 femmes qui ont été assas­si­nées par un homme, aux­quelles il faut ajouter 164 morts suspectes, selon Kadin Meclisleri, ou « Conseil des Femmes », l’association féministe majeure dans le pays aux 85 millions d’habitants.

    « Nous ne sommes pas en sécurité »

    « Chaque victime est plus qu’un nom ou qu’une simple sta­tis­tique », rappelle Feyza Senturk, une Istanbuliote de 24 ans dont « un membre de la famille à été victime de fémi­ni­cide ». « Nous ne sommes pas en sécurité » martèle-t-elle.

    Comme Feyza, beaucoup n’ont qu’un seul nombre à la bouche : 6284. 6284, comme la loi 6284. Cette loi, critiquée pour sa non-​application, était la trans­crip­tion de la Convention d’Istanbul dans les textes turcs. Ratifiée en 2012, cette Convention du Conseil de l’Europe vise à protéger les femmes, en punissant notamment plus sévè­re­ment les auteurs de violences. Or, en 2021, le président Erdogan s’en était retiré sous la pression des partis de droite.

    L’opposition, à l’image D’Özgür Özel, leader du Parti Républicain du Peuple (CHP), ainsi que dif­fé­rentes orga­ni­sa­tions fémi­nistes, appellent à un retour à la Convention d’Istanbul, demandent l’application de la loi 6284, et dénoncent la « politique d’impunité » menée par le gou­ver­ne­ment. L’enjeu est de « combattre la violence et protéger celles qui sont en danger », insiste Feyza Senturk.

    La semaine prochaine, la jeune créatrice de mode marchera à Londres, où elle réside actuel­le­ment. C’est elle qui est à l’initiative de ce ras­sem­ble­ment, co-​organisé par Kadin Mecliseri, l’association turque. « C’est une première étape à la formation d’une orga­ni­sa­tion [pour les femmes turques] à Londres », affirme-​t-​elle.

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