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    Quatre ans après l’invasion, Lille devenue terre d’ancrage ukrainienne

    Dans l’air glacial de ce dimanche 22 février 2026, Lille commémore les quatre ans de l’invasion à grande échelle de l’Ukraine par la Russie. Sur le pont de Kharkiv, baptisé ainsi depuis le début de la guerre en 2022, la com­mu­nauté ukrai­nienne et des élus locaux ont rendu hommage aux victimes.

    Le drapeau ukrainien flotte avec celui de la Pologne et de l’Europe ©Manon Manceau

    Il est 11 heures, ce dimanche, lorsque s’élève l’hymne ukrainien, en rythme avec le vent et la bruine. Sous les drapeaux bleu et jaune, le silence s’installe, entre­coupé de sanglots. Commence alors la per­for­mance du musicien de Kharkiv Bogdan Nesterenko, qui reprend une musique tra­di­tion­nelle ukrai­nienne, rejoint par les Ukrainiens présents, dont la mélodie et les paroles les unissent dans la foule.

    Puis viennent se succéder des discours pour rappeler l’aide déployée par Lille en Ukraine et dans sa ville jumelle : Kharkiv, ainsi qu’auprès des exilés accueillis dans la région. D’abord, le maire de Lille, Arnaud Deslandes dresse le dur état des lieux de cette « invasion à grande échelle brutale et injus­ti­fiable ». Il résume ces « chiffres terribles : plus de 55 000 soldats ukrai­niens ont perdu la vie ». Il remercie les élus locaux qui ont tout fait pour permettre à des camions d’approvisionner des villes en Ukraine, d’organiser l’accueil d’exilés et un voyage de répit pour une quinzaine d’enfants restés là-​bas. Il conclut en sou­li­gnant son soutien indé­fec­tible au peuple ukrainien « qui tient toujours » et « aux artistes, qui conti­nuent de créer ». Suivent ensuite les prises de parole du consul honoraire de l’Ukraine des Hauts-​de-​France, Etienne Mourmant et de Irina Lampeka, pré­si­dente de l’association « portail de l’Ukraine ».

    Puis près des gerbes de fleurs, les couleurs de l’Ukraine se mêlent à celles de la Pologne, dont les res­sor­tis­sants sont plus soudés que jamais avec les Ukrainiens. Les gens sont restés encore un peu après pour se serrer dans les bras et brandir toujours plus haut les messages de contes­ta­tion « Kherson, c’est l’Ukraine », « arrêtons les Russes » et les photos de proches disparus.

    « On n’était pas prêts »

    Parmi ces par­ti­ci­pants, beaucoup ont fait de Lille leur ville de refuge. C’est le cas d’Angelina, arrivée au printemps 2022 après avoir fui Tchernihiv. Ville stra­té­gique au nord de Kiev et à la frontière bié­lo­russe, elle a été assiégée dès les premières semaines de la guerre. L’école où tra­vaillait sa mère, trans­for­mée en refuge et en centre de dis­tri­bu­tion ali­men­taire, a été bombardée. La jeune femme de 20 ans retrace, émue, le périple qui l’a fait venir en France. Elle fuit avec sa mère et sa petite sœur. Elles arrivent par hasard dans le Nord, recueillies par un bénévole qui les accueille chez lui, à Dunkerque. Barrières lin­guis­tiques, surcharge admi­nis­tra­tive, l’arrivée en France n’est pas de tout repos : « on a plus de papiers en 4 ans en France qu’en 16 ans en Ukraine ! ». Mais Angelina comprend vite que sa nouvelle maison pour un temps indé­ter­miné, c’est là, à Lille. Alors elle décide dès son arrivée de tout faire pour s’intégrer. C’est grâce à sa moti­va­tion à toute épreuve, qu’aujourd’hui, elle raconte son histoire en français, quasiment sans accent. Et avec une lueur de fierté dans les yeux, elle conclut qu’en plus de sa licence 3 de com­mu­ni­ca­tion, elle a intégré cette année, la classe pré­pa­ra­toire égalité des chances de l’ESJ Lille. Bientôt, elle sera jour­na­liste et couvrira les conflits.

    L’Ukraine continue de vivre ici

    Un peu plus loin de là, la guerre reste omni­pré­sente dans les dis­cus­sions, mais la culture, maintes fois citée dans les discours, semble consti­tuer une barrière à l’oubli et à l’effacement.

    C’est pré­ci­sé­ment le but du festival « de Kharkiv à Lille, la culture en résis­tance » organisé par la ville, du 20 janvier au 24 février, dans le cadre de la Saison nationale du « Voyage en Ukraine ». Danse, cinéma, table-​rondes, expo­si­tions et concerts ont réuni artistes ukrai­niens et français, synonyme d’une culture ukrai­nienne riche et portée par la résis­tance malgré la distance et la des­truc­tion. Presque chaque événement a fait salle comble et témoigne de l’intérêt du public français qui soutient cette nation.

    Pour Angelina, ces ini­tia­tives sont essen­tielles : « c’est important de voir la culture ukrai­nienne, ça montre qu’on résiste, que l’Ukraine n’est pas seulement la guerre ou un champ de bataille, c’est aussi l’art et les tra­di­tions, il faut partager cela ». Dans un contexte où l’Ukraine vit des jours toujours plus sombres, Lille ne se contente donc pas d’accueillir ses réfugiés, mais donne la place dans l’espace public et dans le quotidien à sa culture menacée. L’exil a déplacé les corps, pas les racines, et dans le vent froid du Nord, elles tiennent toujours.

    Une pro­tes­tante ukrai­nienne, une pancarte à la main sur laquelle est écrit : « Kherson c’est l’Ukraine » ©Manon Manceau

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