Prendre le métro ou le bus est un geste quotidien qui semble anodin. Pourtant, cela peut vite devenir traumatisant. C’est ce que révèle la dernière enquête réalisée par l’Observatoire national des violences faites aux femmes dans le métro parisien. Mains aux fesses, regards insistants, frottements, insultes… Un calvaire subi par de plus en plus de femmes.
Selon le dernier rapport de l’Observatoire national des violences faites aux femmes, sept femmes sur dix déclarent avoir été victimes de violences sexistes et sexuelles dans les transports en commun au cours de leur vie. Un chiffre qui concerne les femmes de tous âges. L’an dernier, 3 374 femmes ont subi des violences sexuelles ou sexistes dans les transports en commun, soit une augmentation de 6 % par rapport à l’année précédente.
Des femmes en insécurité dans les transports en commun
Pour Cléa, usagère régulière du métro Ilévia, ce rapport n’a rien d’étonnant. « Je me sens tout le temps en insécurité dans les transports en commun, décrit la jeune femme. En réalité, ce sentiment varie selon si je suis seule ou avec mes copines, ou s’il y a d’autres femmes dans le wagon. » Une impression partagée par Sylvie, 52 ans. « Ce sentiment d’insécurité s’est intensifié ces dernières années, explique cette usagère quotidienne du métro. La foule amplifie cette sensation, car nous sommes souvent serrés les uns contre les autres. » Un agent d’Ilévia confirme cette tendance inquiétante. « Il y a de plus en plus de jeunes filles qui viennent me demander de l’aide, déplore-t-il. Des hommes les suivent, se montrent insistants… Mes collègues qui travaillent en soirée l’observent encore plus : les agressions sont plus nombreuses l’après-midi et la nuit. »
Un ras-le-bol général
« Je me suis déjà fait insulter dans le métro parce que j’ai refusé de donner mon numéro à un homme. Cela devient récurrent. On ne se sent plus du tout en sécurité », s’exaspère Cléa. Oumaima partage cet agacement : « J’étais assise dans un bus à côté d’un homme quand j’ai senti qu’on me touchait la cuisse. Au début, je n’osais pas bouger, j’étais paralysée. Puis, j’ai eu le courage de lui demander d’arrêter, et heureusement, il l’a fait. Depuis, je me sens mal à l’aise dès que je suis assise à côté d’un homme dans les transports en commun. Ce n’est pas normal ! »
Des stratégies pour éviter les agressions
« Vous ne me verrez jamais porter une jupe ou une robe dans le métro », confie Cléa. « Cela me fait trop peur, je n’ai pas envie d’attirer l’attention ou de recevoir des remarques. » Comme elle, 68 % des femmes déclarent adapter leur tenue vestimentaire lorsqu’elles prennent les transports en commun. De plus, 93 % d’entre elles préfèrent s’asseoir à côté d’une autre femme, d’un couple ou d’une famille plutôt qu’à côté d’un homme. Sylvie décide d’adapter ses horaires. « Très souvent, je décide de partir plus tôt d’une soirée pour éviter de prendre le métro trop tard et limiter les risques », explique-t-elle. Oumaima fait le même choix : « Malgré mon abonnement mensuel Ilévia, dès la nuit tombée, je préfère payer 15 € pour un VTC comme Uber plutôt que de prendre les transports publics. » Un agent d’Ilévia confirme ces changements de comportement. Il constate que, « de plus en plus de femmes prennent le bus à partir d’une certaine heure, car la présence du chauffeur les rassure. Dans le métro, les agents ne sont pas présents dans toutes les stations, même le soir. Il n’y a pas de sécurité déployée partout. »
Comment se protéger ?
Sur chaque quai de métro, une borne d’appel d’urgence permet de signaler un cas de harcèlement sexiste ou sexuel. Fonctionnant comme un interphone, elle met immédiatement en contact avec un agent Ilévia. La société de transports insiste sur l’importance de signaler rapidement une agression afin d’exploiter les images des caméras de surveillance du réseau. Le dispositif Angela permet également de demander discrètement de l’aide : il suffit de dire « Où est Angela ? » à un agent Ilévia pour qu’il comprenne le message et intervienne. Enfin, à Lille, les bus peuvent s’arrêter à la demande après 22 h pour limiter les trajets à pied en soirée. Un passager seul peut ainsi demander à être déposé entre deux arrêts, sous réserve que le conducteur estime la descente sécurisée.