Au lendemain d’un accord de paix signé entre Damas et les autorités kurdes du nord de la Syrie, une trentaine de manifestants se sont réunis samedi à Lille. Entre soulagement et méfiance, la mobilisation continue.
Les drapeaux sont levés, les sourires, eux, restent absents.
Ce samedi 31 janvier, une trentaine de personnes sont venues manifester place de la République à Lille, afin de soutenir les Kurdes syriens, depuis 17 jours en guerre contre les autorités de Damas. Ces forces armées du gouvernement d’Ahmed al-Chaara avaient en effet lancé une offensive contre le Rojava — le nord syrien, administré par les Kurdes — le 13 janvier 2026, dans le but d’instaurer une pleine souveraineté syrienne sur tout le territoire. Face à cette offensive, les Kurdes du monde entier se sont mobilisés pour soutenir leur minorité présente en Syrie, et Lille n’a pas dérogé à la règle.
Un appel à l’aide humanitaire
Le lendemain d’un accord de paix signé entre Damas et le Rojava, garantissant le maintien d’une certaine autonomie aux Kurdes syriens, les sourires sont restés discrets ce samedi sur le visage des manifestants. « On n’est ni déçu ni content. Le seul point positif, c’est que les combats se sont arrêtés ». Néanmoins, le quotidien des civils sur place demeure la principale préoccupation des personnes présentes ce samedi place de la République : « Le problème aujourd’hui se joue pour la nourriture, l’eau, l’électricité ». En effet, la ville kurde de Kobané, sous blocus, se détériore de jour en jour selon L’Humanité. Une des raisons : le blocage de l’aide humanitaire par la Turquie.

Face à cette inquiétude, la mobilisation vient pour se faire entendre auprès des Etats pouvant jouer un rôle dans ce conflit : « On est aussi là pour envoyer un message à l’État turc [puissance frontalière à la Syrie, où vivent 22 millions de Kurdes, dans un climat plus que hostile] : on sait que vous nous aimez pas trop, mais si vous êtes humains, ouvrez les frontières pour que l’aide humanitaire puisse passer » nous confie l’organisateur de la manifestation. Une demande que l’on devine presque désespérée lorsqu’on tend le micro à ce Kurde irakien, car lui aussi connaît le sort réservé à sa communauté dans cette région.
Le Rojava, une autonomie réaffirmée mais toujours sous pression
Au-delà du cessez-le-feu, l’avenir politique du Rojava reste toutefois incertain. Depuis la guerre civile syrienne, cette région du nord du pays s’est imposée comme un laboratoire politique inédit au Moyen-Orient, fondé sur une autonomie locale, la parité hommes-femmes et la coexistence des communautés. Une expérience longtemps tolérée par Damas faute d’alternative, mais jamais reconnue officiellement. Pour les manifestants lillois, l’accord signé ne constitue donc pas une garantie durable : il marque seulement une pause dans un rapport de force qui, depuis des décennies, laisse les Kurdes dans une situation de vulnérabilité permanente.