En Afghanistan, la loi ne protège plus : elle frappe. Le nouveau code pénal taliban, signé en janvier 2026, autorise les violences conjugales et retire aux femmes toute possibilité de justice. Que devient une femme quand l’État lui-même légitime la violence ?
Cela fait maintenant 5 ans que les femmes afghanes se sont vus privées de toute liberté par le régime taliban. Depuis la prise de Kaboul, le 15 août 2021, les femmes ont été exclues des écoles, des universités, de nombreux emplois, puis progressivement interdites d’espace public sans tuteur masculin. Et cet acharnement contre tout un genre continue avec des nouvelles lois autorisant les violences conjugales et rendant irrecevables les plaintes de ces femmes victimes.
Le nouveau code pénal taliban, signé le 4 janvier 2026 et composé de 119 articles, autorise désormais les maris à « punir » leur femme tant qu’aucune fracture ou plaie ouverte n’est constatée. Une violence privée devenue norme publique, inscrite noir sur blanc dans un texte juridique diffusé discrètement aux tribunaux. Pour un conseiller légal basé à Kaboul, resté anonyme, la conclusion est sans appel : « Il est impossible pour les femmes d’obtenir justice » (Paris Match).
Quand la violence devient institutionnelle
C’est grâce à l’organisation afghane de défense des droits humains, Rawadari, que le reste du monde a pu prendre connaissance de ces textes dissimulés par le régime autoritaire. Ce code pénal ne se contente pas d’ignorer les violences : il les organise. Les ONG qui ont pu consulter le document alertent sur une architecture juridique qui place les femmes dans une position déshumanisante. Les talibans y consacrent l’obéissance féminine comme principe, et autorisent les châtiments domestiques au nom d’un ordre moral imposé. Dans un pays où les tribunaux sont exclusivement masculins, aucune plainte n’a de chance d’aboutir.
Le régime taliban instaure désormais un système de castes d’inspiration médiévale, hiérarchisant les citoyens selon leur statut religieux et social. Les femmes, déjà privées de droits fondamentaux, se retrouvent au bas de cette pyramide. L’article 9 instaure quatre castes : les oulémas (clergé), l’ashraf (élite), la classe moyenne et la basse classe. Les sanctions varient selon ce statut : un mollah ne reçoit qu’un avertissement pour un crime, un membre de l’élite une simple convocation, la classe moyenne risque la prison, et les basses classes encourent en plus des châtiments corporels. Le texte légalise aussi des formes d’esclavage, notamment via des travaux forcés imposés par les autorités religieuses. La violence n’est plus une dérive, c’est un outil d’organisation sociale ayant pour premières cibles les femmes.
Vivre sans recours, survivre malgré tout
Privées de travail, de revenus et de liberté de mouvement, certaines femmes se retrouvent contraintes d’accepter des échanges sexuels contre de la nourriture, un chantage qui prospère dans l’impunité totale. « On m’a dit que si je voulais de la farine, je devais faire quelque chose en retour », témoigne l’une d’elles dans l’enquête relayée par Courrier international. Les ONG parlent d’un « chantage sexuel systémique » rendu possible par l’effondrement économique et la disparition des droits des femmes sous les talibans. Dans ce pays où la justice leur est désormais inaccessible, la survie devient un marché de l’exploitation. Pour les ONG, il s’agit aujourd’hui du régime le plus répressif au monde envers les femmes.
Pour les Afghanes, cette disparition de la justice transforme le quotidien en terrain miné. Quitter un mari violent devient impossible, signaler un abus revient à s’exposer à pire encore. Les associations décrivent des femmes qui se cachent, d’autres qui tentent de fuir, beaucoup qui se taisent. La violence ne constitue plus un délit : c’est un cadre légal. Et dans ce cadre, chaque geste de survie devient un acte de résistance.