À Lille, des com­mer­çants qui souffrent et des clients de plus en plus rares

Depuis début 2026, de nombreux commerces lillois ont fermé leurs portes. Un chiffre qui allonge la liste des locaux vacants du centre-​ville. Les vitrines vides se joignent aux galeries désertées. Depuis quelques années déjà, le commerce lillois connaît des dif­fi­cul­tés. Loyers élevés, accès compliqué et nouvelles habitudes de consom­ma­tion, autant de raisons qui fatiguent le commerce de proximité.

Rue de Béthune, les affiches « liqui­da­tion judi­ciaire » succèdent aux panneaux « local à louer ». Plus loin, dans la galerie Passage 57, les locaux fermés s’alignent derrière des vitrines pous­sié­reuses et recou­vertes de tags et d’affichage sauvage. Même constat dans les allées des Tanneurs : à part Monoprix, l’espace de res­tau­ra­tion Kitchen Market et quelques enseignes, le silence règne. À Lille, le taux de vacance com­mer­ciale atteint 12% en centre-​ville*, du jamais vu. 

On a dû partir, c’était mort

Dans la galerie Les Tanneurs, Sophie Losfeld nous accueille avec un large sourire. Avec sa fille, elle tient Scandale, une boutique de bijoux et de piercings. « On a toujours bien bossé. Mais il faut s’adapter, la manière de consommer a changé. » Installée pendant trente ans au Passage 57, elle a quitté les lieux en décembre. « Les boutiques ont fermé les unes après les autres. Il n’y avait plus personne. C’est devenu com­plè­te­ment désert. » Aux Tanneurs, le loyer est cependant plus élevé.

Sophie peut compter sur une clientèle fidèle pour soutenir sa boutique. ©CP

Située à l’entrée de la galerie, à côté d’une célèbre enseigne de parfums, Sophie peut compter sur une clientèle fidèle. Quelques mètres plus loin, rue de La Vieille Comédie, Isabelle, res­pon­sable de la boutique Tequila est plus inquiète. « Ce qui fait partir les gens, c’est le loyer. C’est devenu hors de prix. » Elle pointe aussi l’accès au centre, récemment remanié avec la pié­ton­ni­sa­tion de la Grand Place. « On veut que tout le monde vienne à vélo ou en transport mais les gens ne sont pas tous Lillois. Certains ont réel­le­ment besoin de se déplacer en voiture sauf qu’on ne peut plus circuler ni se garer. » Résultat : une fré­quen­ta­tion en baisse et un Noël « moins bon que les années pré­cé­dentes. » 

« Lille va devenir une ville morte », se désole Isabelle. ©CP

Les petits commerces en grande dif­fi­culté 

Hausse des charges, pouvoir d’achat en berne, concur­rence d’Internet : les dif­fi­cul­tés s’additionnent. Si les loyers des commerces restent très élevés, le chiffre d’affaires est en net recul. Un paradoxe fatal pour les indé­pen­dants. À l’approche des muni­ci­pales, le sujet s’invite dans les pro­grammes. Pour le candidat sans étiquette Baptiste Roussel
« les centres-​villes se meurent partout en France. Certains pro­prié­taires préfèrent laisser un local vide plutôt que de baisser le prix, misant sur une future ren­ta­bi­lité. » Si d’autres listes avancent aussi des pistes pour redy­na­mi­ser le centre, sur le terrain, les com­mer­çants attendent des effets rapides. Alors que l’inquiétude règne, ils conti­nuent d’ouvrir chaque matin leurs rideaux métal­liques en espérant que le centre-​ville ne devienne pas un jour, une vitrine vide de plus. 

*Chiffres Codata, société d’études et de conseil en immo­bi­lier commercial.

Les com­mer­çants ont peu à peu délaissé le Passage 57. ©CP

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