Pour ou contre le « S » pour seniors ? Le débat dépasse le simple autocollant

Un « S » rouge à l’arrière des voitures… Depuis plusieurs semaines, le macaron destiné aux conduc­teurs seniors suscite des réactions. Pourtant, contrai­re­ment à certaines rumeurs, il n’est pas obli­ga­toire. Alors, utile ou stig­ma­ti­sant ? Les avis sont divergents.

En France, le macaron « Senior » n’est encore qu’un dis­po­si­tif asso­cia­tif sur la base du volon­ta­riat. © Unsplash

Le macaron « S » a été lancé par l’association Signal Senior pour permettre aux conduc­teurs âgés qui le sou­haitent de se signaler auprès des autres auto­mo­bi­listes. Mais aucune loi n’impose aujourd’hui aux conduc­teurs de l’apposer. Il ne faut pas non plus le confondre avec le « A » des jeunes conduc­teurs qui lui, est prévu par le Code de la route pendant la période probatoire. 

« L’âge civil est un indi­ca­teur très trompeur »

Pour Marvin Zeitoun, ensei­gnant de la conduite indé­pen­dant, le macaron est « largement inutile et porteur de confusion ». Il rappelle que, contrai­re­ment au « A », le « S » est « une ini­tia­tive asso­cia­tive sans aucune valeur régle­men­taire ».

Il comprend néanmoins l’in­ten­tion du dis­po­si­tif : « Encourager la cour­toi­sie et inciter à la patience face à une conduite parfois plus hésitante.» Mais il craint un effet inverse : « Ce macaron stig­ma­tise le conduc­teur en le pointant du doigt », et pourrait provoquer davantage d’a­ga­ce­ment ou de dépas­se­ments risqués.

Surtout, selon lui, l’âge ne suffit pas à déter­mi­ner les capacités d’un conduc­teur. « L’âge civil est un indi­ca­teur très trompeur », estime-​t-​il. Il cite plutôt l’acuité visuelle, le temps de réaction ou encore la mobilité.

Même réserve du côté de l’auto-​école « Noël » située à Tourcoing. « Pour l’instant ce n’est que spé­cu­la­tion, rien d’of­fi­ciel », souligne-​t-​elle. L’établissement se dit contre le dis­po­si­tif et estime qu” »un sénior compense par son expé­rience ». Selon elle, sur la route, elle craint plus « un jeune qui roule vite », qu’une personne âgée qui roule plus lentement.

Des conduc­teurs partagés 

Chez les conduc­teurs inter­ro­gés, les avis sont nuancés.

À 53 ans, Hélène voit un intérêt au macaron : il pourrait inciter les autres auto­mo­bi­listes à ne pas s’agacer derrière une personne âgée qui prend son temps. Mais elle y voit aussi un risque de dis­cri­mi­na­tion. Elle s’in­ter­roge notamment sur le regard porté sur les femmes âgées au volant : « Déjà que les gens sont parfois dis­cri­mi­nants à se dire « c’est une femme elle ne sait pas conduire », main­te­nant ils vont se dire « c’est une vieille ».»

Jean, 67 ans, considère que le macaron peut prévenir les autres auto­mo­bi­listes, mais ne sou­hai­te­rait pas en avoir un sur sa voiture. Cependant, il se dit favorable à une visite médicale à partir de 70 ans, notamment pour contrôler les réflexes.

Chez les plus jeunes, le volon­ta­riat est perçu comme un point essentiel. Sarah, 26 ans, trouve que c’est « une bonne ini­tia­tive », pour les personnes âgées qui savent qu’elles sont « un peu lentes au volant ». Elle estime que cela pourrait éviter que d’autres conduc­teurs les brusquent, mais elle doute de l’ef­fi­ca­cité réelle du dispositif.

Célia, 22 ans, est « plutôt pour », tant que le macaron reste volon­taire. Théo, 20 ans, considère aussi que « ce n’est pas aberrant ». Selon lui, il pourrait permettre aux autres conduc­teurs d’être plus attentifs. Mais tous deux émettent des réserves sur une éven­tuelle obligation.

Au-​delà du macaron, une question demeure donc :comment évaluer l’ap­ti­tude à conduire sans faire de l’âge un critère à lui seul ? Pour les pro­fes­sion­nels comme pour les conduc­teurs, le débat dépasse le simple autocollant.

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