À Paris, les 356 kiosÂquiers voient leurs ventes de journaux s’effondrer. si les anciennes généÂraÂtions sont toujours clientes, les jeunes, quant à eux, se détournent du papier. Un métier teinté d’incertitude et contraint de s’adapter.
« Les journaux, c’est praÂtiÂqueÂment fini. » Derrière son kiosque, Javier observe les passants défiler. Ceux qui s’arrêtent ne viennent presque jamais pour acheter la presse, mais pour demander leur chemin, une adresse ou une station de métro. « Je passe mon temps à les guider », explique-​t-​il, décrivant un quotidien désormais rythmé par les demandes des touristes plus que par la vente de journaux. Le kiosque, autrefois point de vente, devient petit à petit un simple point d’information touristique.
Des journaux qui ne partent plus
Quelques rues plus loin, Julio, kiosquier depuis plusieurs années, fait le même constat, chiffres à l’appui : « En cinq
ans, j’ai perdu 90 % des ventes de journaux. » Il se souvient d’une époque récente où il vendait une quinzaine, parfois une vingtaine d’exemplaires d’un quotidien par jour. Aujourd’hui, il en écoule à peine quatre, et certains titres embléÂmaÂtiques comme Le Parisien ou L’Équipe dépassent difÂfiÂciÂleÂment une ou deux ventes. « Avant, certains kiosques vendaient 180 journaux. Maintenant… », il laisse sa phrase en suspens, l’air blasé. Un habitué s’approche, règle ses journaux de la veille et récupère ceux du jour. « Je n’arrive pas à tout lire sur le téléphone », dit-​il simÂpleÂment. Ces clients fidèles existent encore, mais ils se font rares. « Aujourd’hui, ce sont surtout les anciens qui contiÂnuent », constate Julio.

S’adapter pour survivre
Pour tenir, il a fallu diverÂsiÂfier l’activité. Cartes postales, porte-​clés, souvenirs pour touristes : ce sont désormais eux qui font vivre le kiosque. Devant le commerce, une femme s’arrête. Elle ne regarde pas les journaux. « Ça ne m’intéresse plus, cela fait bien longtemps que je n’achète plus de format papier », dit-​elle. Elle cherche un cadeau pour sa nièce : « Ça reste utile pour dépanner ». Mais la situation reste fragile. « Les ventes de souvenirs ont baissé de 70% », confie Julio. Après un rebond post-​Covid porté par le retour des visiteurs, la fréÂquenÂtaÂtion touÂrisÂtique a de nouveau ralenti, notamment en raison des crises interÂnaÂtioÂnales. Pour autant, Julio ne désespère pas. Contrairement à certains collègues inquiets, il croit à l’action de la mairie, qu’il juge très attachée aux kiosques : « Ils font vraiment partie du patriÂmoine français, elle n’osera pas en fermer. » Il continue de voir son métier comme « hisÂtoÂrique et noble », et prend le temps de renÂseiÂgner les touristes avec patience. « Après les guerres, ils revienÂdront », affirme-​t-​il, optimiste quant à l’avenir.
