Le repas à 1 € pour tous : une fausse bonne idée ?

Faculté des Sciences juri­diques, poli­tiques et sociales de l’Université de Lille. © Velvet /​Wikimedia Commons (CC BY-SA).

Des files d’attente inter­mi­nables, des étudiants qui ne peuvent pas manger. Ces images sont le reflet du quotidien des étudiants de Lille depuis la rentrée. En cause, la géné­ra­li­sa­tion du repas à 1 € à tous les étudiants depuis le 4 mai 2026. Auparavant réservé aux boursiers et aux étudiants précaires, il coûtait 3,30 € aux autres.
 

Sur le campus Pont de Bois, depuis septembre, la file s’étire sur une centaine de mètres à l’heure du déjeuner. Timéo, étudiant en master 1 à la FSJPS, affirme : « le gou­ver­ne­ment a certes permis aux étudiants de manger à 1 €, mais à partir du moment où on n’y met pas le budget, permettre aux étudiants de manger à 1 € ne sert à rien. Ils sont nombreux à ne pas en béné­fi­cier étant donné l’insuffisance du budget et des struc­tures ». Pour lui, si les files sont aussi longues, c’est que les étudiants sont dans le besoin. La solution n’est donc pas de limiter l’accès, mais d’accroitre le budget pour embaucher davantage de personnel et permettre aux struc­tures d’accueillir davantage d’étudiants.

Le phénomène est national, selon le Cnous, le Centre national des œuvres uni­ver­si­taires et scolaires. 1,3 million de repas sup­plé­men­taires, soit une hausse de 48 % ont été servis depuis la rentrée, par rapport à 2025. À Lille, le Crous a investi un million d’euros, créé dix postes et ouvert de nouvelles places. Le 24 septembre, le Cnous a aussi demandé aux Crous de définir la capacité maximale de chaque res­tau­rant, avec des jauges si néces­saire. Cependant, cette mesure inquiète, une jauge ne crée pas de repas sup­plé­men­taires, elle limite les entrées. Or un étudiant refusé devra manger ailleurs, à un tarif plus élevé.

Cette situation pèse aussi sur les agents, en grève le 22 septembre contre le manque d’effectifs. Patrice Ronsse, de la CGT Crous Lille, décrit des collègues à bout, confron­tés au stress des files et au mécon­ten­te­ment des étudiants. Au niveau national, 204 équi­va­lents temps plein ont été recrutés pour environ 13 000 agents, le syndicat Force Ouvrière en réclame 500.

Côté étudiants, l’UNEF Lille estime que ce n’est « pas vraiment le repas à 1 € pour tous ». Celui ci pro­fi­te­rait surtout à ceux qui finissent tôt leurs cours. Les syndicats jugent les mesures insuf­fi­santes et réclament plus de pro­duc­tion et des horaires élargis. Justine, boursière, se confie sur le manque de repas depuis la réforme, : « en tant que boursière, j’ai toujours pu béné­fi­cier du repas à 1 € […], mais depuis que c’est ouvert à tout le monde, les files sont juste énormes. En fait, je peux plus manger au CROUS ».

Le gou­ver­ne­ment prévoit de porter à 143 millions d’euros l’enveloppe dédiée au repas à 1 € dans le budget 2027, contre 90 millions estimés au départ. Mais le ministre de l’Enseignement supérieur, Philippe Baptiste, prévient que si le Parlement n’adopte pas le budget d’ici la fin de l’année, le gou­ver­ne­ment ne pourra pas assurer le repas à 1 € pour tous.

Cette réforme soutient pourtant le pouvoir d’achat des étudiants. Toutefois, un repas coûte en moyenne près de 8 € au Crous, et un rapport par­le­men­taire alertait dès l’été sur un finan­ce­ment insuf­fi­sant. Sa géné­ra­li­sa­tion aurait peut-​être été trop anticipée pour que les moyens suivent.

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