Un « S » rouge à l’arrière des voitures… Depuis plusieurs semaines, le macaron destiné aux conducteurs seniors suscite des réactions. Pourtant, contrairement à certaines rumeurs, il n’est pas obligatoire. Alors, utile ou stigmatisant ? Les avis sont divergents.

Le macaron « S » a été lancé par l’association Signal Senior pour permettre aux conducteurs âgés qui le souhaitent de se signaler auprès des autres automobilistes. Mais aucune loi n’impose aujourd’hui aux conducteurs de l’apposer. Il ne faut pas non plus le confondre avec le « A » des jeunes conducteurs qui lui, est prévu par le Code de la route pendant la période probatoire.
« L’âge civil est un indicateur très trompeur »
Pour Marvin Zeitoun, enseignant de la conduite indépendant, le macaron est « largement inutile et porteur de confusion ». Il rappelle que, contrairement au « A », le « S » est « une initiative associative sans aucune valeur réglementaire ».
Il comprend néanmoins l’intention du dispositif : « Encourager la courtoisie et inciter à la patience face à une conduite parfois plus hésitante.» Mais il craint un effet inverse : « Ce macaron stigmatise le conducteur en le pointant du doigt », et pourrait provoquer davantage d’agacement ou de dépassements risqués.
Surtout, selon lui, l’âge ne suffit pas à déterminer les capacités d’un conducteur. « L’âge civil est un indicateur très trompeur », estime-t-il. Il cite plutôt l’acuité visuelle, le temps de réaction ou encore la mobilité.
Même réserve du côté de l’auto-école « Noël » située à Tourcoing. « Pour l’instant ce n’est que spéculation, rien d’officiel », souligne-t-elle. L’établissement se dit contre le dispositif et estime qu” »un sénior compense par son expérience ». Selon elle, sur la route, elle craint plus « un jeune qui roule vite », qu’une personne âgée qui roule plus lentement.
Des conducteurs partagés
Chez les conducteurs interrogés, les avis sont nuancés.
À 53 ans, Hélène voit un intérêt au macaron : il pourrait inciter les autres automobilistes à ne pas s’agacer derrière une personne âgée qui prend son temps. Mais elle y voit aussi un risque de discrimination. Elle s’interroge notamment sur le regard porté sur les femmes âgées au volant : « Déjà que les gens sont parfois discriminants à se dire « c’est une femme elle ne sait pas conduire », maintenant ils vont se dire « c’est une vieille ».»
Jean, 67 ans, considère que le macaron peut prévenir les autres automobilistes, mais ne souhaiterait pas en avoir un sur sa voiture. Cependant, il se dit favorable à une visite médicale à partir de 70 ans, notamment pour contrôler les réflexes.
Chez les plus jeunes, le volontariat est perçu comme un point essentiel. Sarah, 26 ans, trouve que c’est « une bonne initiative », pour les personnes âgées qui savent qu’elles sont « un peu lentes au volant ». Elle estime que cela pourrait éviter que d’autres conducteurs les brusquent, mais elle doute de l’efficacité réelle du dispositif.
Célia, 22 ans, est « plutôt pour », tant que le macaron reste volontaire. Théo, 20 ans, considère aussi que « ce n’est pas aberrant ». Selon lui, il pourrait permettre aux autres conducteurs d’être plus attentifs. Mais tous deux émettent des réserves sur une éventuelle obligation.
Au-delà du macaron, une question demeure donc :comment évaluer l’aptitude à conduire sans faire de l’âge un critère à lui seul ? Pour les professionnels comme pour les conducteurs, le débat dépasse le simple autocollant.