Dans le Nord, la chasse s’ouvre sous surveillance

Depuis les décla­ra­tions de Sandrine Rousseau fin août appelant à empêcher phy­si­que­ment la chasse, la Fédération des chasseurs du Nord a mis en place un numéro d’urgence pour ce dimanche d’ou­ver­ture. Un signe d’une tension qui dépasse largement le département.

« Nous serons là debout, face à eux, phy­si­que­ment ! » Sur la scène de l’UniREVcité, l’université d’été du mouvement ani­ma­liste REV, la phrase de Sandrine Rousseau résonne. Le 23 août dernier, à Saint-​Antoine-​du-​Rocher, près de Tours, la députée Les Ecologistes a ainsi appelé à se rendre dans les forêts et les campagnes pour s’opposer à l’ouverture de la saison de chasse 2026 – 2027.

Cette phrase a eu l’effet d’une bombe. Deux jours plus tard, la Fédération nationale des chasseurs (FNC) publie un com­mu­ni­qué clair : appeler des militants à affronter phy­si­que­ment les chasseurs, ce n’est plus du débat démo­cra­tique, mais de l’irresponsabilité. FNC annonce porter plainte contre la députée, et écrire au Premier ministre, au ministre de l’Intérieur et au garde des Sceaux pour les « alerter sur la gravité de cette radi­ca­li­sa­tion du discours public » visant les chasseurs et sur les risques de la confron­ta­tion sur le terrain auxquels de tels propos peuvent conduire.

Pourtant la loi est claire. L’article R.428 – 12‑1 du code de l’environnement punit d’une amende allant jusqu’à 1 500€ le fait d’empêcher, par des actes d’obstruction concertés, le dérou­le­ment d’une chasse. Si débattre, militer ou s’opposer publi­que­ment est autorisé dans le jeu démo­cra­tique, bloquer phy­si­que­ment est interdit.

Un numéro pour une sécurité renforcée

Dans le Nord, l’ouverture générale de la chasse a eu lieu malgré tout le 20 septembre, pour une saison qui courra jusqu’au 28 février 2027. Mais cette année, en plus du gilet fluo, du fusil et des bottes, certains chasseurs ont glissé un petit papier dans leur poche : un numéro de téléphone, à composer en cas d’agression, destiné à tous les chasseurs qui se retrou­ve­raient confron­tés à une tentative d’entrave. La consigne, elle, tient en trois mots : rester calme, docu­men­ter, signaler.

Une fracture ancienne

Mais derrière la polémique, une oppo­si­tion plus ancienne revient sur le devant de la scène. D’un côté, la chasse est perçue comme un héritage rural, une pratique encadrée qu’il faut protéger. De l’autre, une défiance qui grandit dans l’opinion : en 2023, un peu plus d’un Français sur deux se déclarait opposé à la chasse, un record. Et fait notable, cette hostilité gagnait déjà les zones rurales, longtemps plus tolé­rantes envers cette pratique.

Cette méfiance s’est construite, saison après saison, au fil de drames qui ont dépassé le cadre du monde cyné­gé­tique : des pro­me­neurs, des riverains, parfois des chasseurs eux-​mêmes, victimes de tirs mal maîtrisés. Chaque nouvel accident a rallumé le même débat, jamais tranché, sur l’in­ter­dic­tion de la chasse le week-end.

Et les chiffres ne rap­prochent pas les deux camps. La Fédération nationale des chasseurs met en avant un bilan officiel plutôt flatteur : quatre morts recensés sur la saison 2025 – 2026, le nombre le plus bas jamais atteint. Les asso­cia­tions de pro­tec­tion de la nature répliquent que le nombre global d’ac­ci­dents, lui, plafonne autour de 90 par an depuis six saisons – et que 70 % d’entre eux sur­viennent le week-​end, pré­ci­sé­ment quand chasseurs et pro­me­neurs se partagent, malgré tout, le même bout de forêt.

Alors comment cohabiter ?

Sur le terrain, quelques règles font quand même consensus. Pour les chasseurs, c’est port du gilet fluo obli­ga­toire, arme déchargée hors action de chasse, et respect scru­pu­leux de l’angle de tir des 30 degrés – la première cause d’accident impli­quant un tiers. Pour les pro­me­neurs, il faut garder un œil sur les panneaux affichés en lisière de bois avant de partir, des couleurs vives plutôt que du kaki, et éviter les sentiers signalés pendant les heures de chasse.

Dans le Nord, en tout cas, la saison est bel et bien lancée, et avec elle, ce numéro d’urgence encore jamais vu à l’ou­ver­ture. Reste une question qui dépasse largement le dépar­te­ment : combien de temps encore chasseurs et opposants pourront-​ils se partager le même bout de forêt sans que ça tourne à l’affrontement ?

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