À l’approche de l’examen de la loi intégrale contre les violences sexistes et sexuelles à l’Assemblée nationale, les associations féministes semblent se diviser. À Lille, la place de la République s’est transformée récemment en un théâtre de confrontations.
« Mais nous ne sommes pas là pour faire un débat sur la loi intégrale ! » s’époumonait une manifestante ce lundi 14 septembre, place de la République à Lille. Ce soir-là, un rassemblement contre les violences sexistes et sexuelles était organisé face à la préfecture. Malgré une lutte commune, les prises de parole se sont pourtant rapidement transformées en confrontations.
Un changement de ton
« Nous refusons que ce texte soit présenté comme la réponse à la hauteur des violences que nous subissons » a annoncé d’emblée Claude au nom du Planning familial. Pourtant, la semaine passée, le 7 septembre, le message affiché sur le flyer d’appel à la mobilisation était clair : « Pour la loi intégrale ». Florent, 22 ans et membre du conseil d’administration de Nous Toutes, affirme ne pas avoir été prévenu de cette publication. « Nous ne sommes pas partisans de la loi intégrale, et nous nous sommes toujours positionnés ainsi » a‑t-il rappelé. À l’appel du rassemblement suivant, la mention du texte de loi a alors sauté au profit de l’inscription « contre les violences sexistes et sexuelles ».
La loi intégrale, comme réponse partielle
Pour Nous Toutes Lille, la loi intégrale reste une réponse partielle aux enjeux des violences sexistes et sexuelles, puisqu’elle repose principalement sur le fait de porter plainte, soit après leur irruption dans la vie des victimes. « Notre plan d’action, c’est d’agir avant même l’arrivée de ces violences », martèle Florent, étudiant en sociologie. Pour l’association des tristement célèbres « Salles connes », qui se positionne pour une intersectionnalité des luttes, le texte de loi ne prend pas en compte toutes les femmes : les sans-papiers, les personnes en situation de handicap…
Ou comme un point de départ
De son côté, Sylvie, de l’association Place des femmes, se dit surprise de la tournure qu’a prise le dernier rassemblement. « Je ne suis pas d’accord avec le fait de se donner en spectacle. » regrette la travailleuse sociale. « Même si ce n’est pas parfait, même si on a un doute sur le budget, au moins ça bouge. On ne peut pas tout rejeter en bloc » déclare-t-elle, en rappelant notamment que ces rassemblements s’inscrivent dans un mouvement national de soutien à la loi intégrale. Même si les associations féministes de la MEL semblent avoir des opinions divergentes, Sylvie reste confiante pour la suite et l’affirme : « On peut faire coalition ensemble. »
La loi intégrale
Elle s’appuie sur plus de 130 propositions d’associations féministes et a été relancée en juin dernier à la suite de « l’affaire Lyhanna ». Actuellement examiné en commission spéciale, le texte de loi sera présenté en séance publique à l’Assemblée nationale à partir du 1er octobre. Sébastien Lecornu a par ailleurs annoncé,
le mardi 15 septembre, un budget d’1,5 milliards d’euros attribué à la lutte contre les violences sexistes et sexuelles, accompagné d’une enveloppe de 2,6 milliards destinée à la protection de l’enfance.