Alors que l’émission Complément d’Enquête a révélé le 15 octobre dernier des manquements à l’hygiène dans les supermarchés Carrefour, le groupe doit faire face aux accusations et aux témoignages dénonçant des conditions de travail dégradées. Contrepoint s’est procuré le témoignage d’un ancien employé du Carrefour Market de Lille Gambetta.
Dans un nouveau numéro diffusé le 15 octobre dernier sur France 2, Complément d’Enquête révèle les dessous de l’entreprise Carrefour, l’un des leaders des hypermarchés français et dans le monde. Présent dans 40 pays, le groupe génère plus de 90 milliards d’euros de chiffres d’affaires. Mais en coulisses, des manquements à l’hygiène sont notamment constatés dans plusieurs hypermarchés du groupe. Certains employés dénoncent une dégradation de leurs conditions de travail ainsi que des problèmes relatifs à l’hygiène dans les magasins.
C’est le cas de Julien (NDLR : le prénom a été changé.), qui a travaillé pendant un an et demi au Carrefour Market de Lille Gambetta. Interrogé par Contrepoint, il revient sur son expérience au sein du magasin et souhaite mettre en lumière certains manquements à l’hygiène dont il a été témoin.
« De l’urine, des déjections et des cadavres de rongeurs »
Lorsqu’on lui demande s’il a remarqué des problèmes d’hygiène lorsqu’il travaillait chez Carrefour, Julien rit jaune. Le jeune homme est catégorique : il a constaté à plusieurs reprises « une très forte présence de rongeurs, des souris, surtout dans la réserve mais aussi partout dans le magasin ».
« Nous étions souvent en contact avec l’urine, les déjections et parfois même avec les cadavres de rongeurs en rayon et en réserve. Le problème majeur c’était les déjections et les multiples cartons et produits rongés », explique Julien. « Aucune consigne particulière ne nous était donnée, ni aucune protection d’ailleurs », continue l’ancien employé. Il a simplement été demandé aux employés d’essuyer les produits recouverts de déjections, des produits « qui étaient tous laissés en vente en rayons », précise Julien.
Julien dénonce également une stratégie commerciale peu scrupuleuse concernant l’hygiène des produits. « Les managers nous disaient quelquefois : « Non, pas besoin de nettoyer » ou « Laissez les produits en rayon, les gens achèteront de toute façon » », détaille Julien.
Quand on lui demande ce qu’il pense des photos et vidéos chocs qu’a diffusé l’émission Complément d’Enquête, Julien se dit inquiet pour les consommateurs, mais précise ne pas tomber dans la psychose. « J’espère que le groupe Carrefour et le reste de la grande distribution vont agir, car je pense que ce n’arrive pas seulement chez Carrefour », souligne l’ancien employé. Pour lui, il faudrait « créer de vraies procédures et une vraie organisation lisible », aujourd’hui inexistantes, « surtout pour les étudiants qui ont besoin de ne pas se prendre la tête avec un travail désorganisé et où l’hygiène est douteuse ».
Des humiliations et insinuations dérangeantes
Au Carrefour Market de Lille Gambetta, les journées de Julien n’étaient pas des plus souriantes. L’ancien employé explique notamment qu’il y a rencontré certains problèmes relatifs à ses conditions de travail. « Il y avait parfois de la légèreté dans l’énonciation de nos droits, notamment en matière de prise de congé », évoque Julien.
Julien nous partage également un événement qui l’a beaucoup marqué et qui a dégradé ses conditions de travail de l’époque. Alors qu’il manipule le transpalette électrique dans la réserve, Julien fait preuve de maladresse et provoque la chute « comme des dominos » de grandes étagères à roulettes. Conscient de son erreur, le jeune homme se met immédiatement à ramasser les produits tombés au sol. Un de ses collègues entre dans la réserve et lui confie que « cet accident allait bien finir par arriver car les étagères ne sont pas stables, puisqu’il manquerait des soudures pour les renforcer ». Ce même collègue filme alors Julien en train de ramasser les produits, en lui répétant avec insistance la question « Carrefour te met en danger ? ». Mal à l’aise et alors que son collègue continue d’insister, Julien répond d’un ton léger et ironique : « Oui, oui, Carrefour me met en danger ». Le collègue à l’origine de la vidéo partage cette dernière sur un groupe Instagram avec d’autres collègues du magasin. Quelques semaines après l’incident, plusieurs managers apprennent l’existence de cette vidéo et s’en prennent à Julien. Commence alors une routine angoissante pour le jeune homme, qui est la cible d’insinuations et de « rumeurs sur de possibles sanctions » à son encontre de la part de ces managers, « sur un ton volontairement moqueur, voire menaçant ».
D’autres incidents du même acabit s’en suivent. Une manager, installée assez haut dans la hiérarchie du magasin, réprimande Julien et un de ses collègues à propos de discussions trop fréquentes, avant de faire « le parallèle avec le fait que nous passerions notre temps « à discuter et à faire des vidéos dans la réserve pour accuser Carrefour » », précise Julien.
Autre exemple : alors que Julien est en train de renseigner une cliente, cette même manager interrompt cette dernière et lance : « Alors Julien, apparemment vous êtes un gros flemmard ! C’est votre pote [désignant l’autre collègue] qui me l’a dit ! ». « Une petite humiliation devant une cliente, pas très agréable et de bas étage », ajoute Julien.
Que ce soient les « Déjà en pause ? » ou les « Vous êtes vraiment trop lent Julien, si ça continue vous allez recevoir une lettre de licenciement » de la part de cette responsable dont le jeune homme a été la cible, ces humiliations répétées ont participé à l’ambiance anxiogène qu’a vécu Julien et témoignent de manquements au sein du groupe Carrefour.