Dans le centre de Lille, ce mardi 20 octobre après 20 heures, l’atmosphère est étonnamment calme. Des groupes de policiers patrouillent dans des rues moins fréquentées qu’habituellement, tandis que quelques mineurs sont tout aussi présents. Suite aux violences du week-end dernier, un couvre-feu a été instauré lundi et mardi soir, suscitant la colère de certains jeunes qui le jugent injuste et inefficace.
Lundi 19 octobre en début de soirée, des couvre-feux ont été annoncés dans quatre villes du Nord : Lille, Denain, Douai et Wattignies. Mis en place pour deux nuits, de 20 heures à 6 heures, ils concernent les mineurs non accompagnés d’une personne civilement responsable. À Lille, la mesure s’applique uniquement à des périmètres délimités, comme le boulevard de la Liberté ou la façade de l’Esplanade. Les informations concernant les secteurs touchés restaient incertaines : le communiqué de la préfecture du Nord n’a été publié que vers 23 heures sur X.

Mardi soir, après 20 heures, de nombreux mineurs étaient encore présents dans le périmètre du couvre-feu. Certains affirmaient ne pas connaître les sanctions encourues. Plusieurs jeunes dénoncent une forme de « discrimination » : « Il y a une volonté de nous invisibiliser, de nous empêcher de défendre nos revendications, alors que nous n’avons rien à voir avec les casses », déplore un jeune de 17 ans. D’autres racontent avoir été contrôlés sans sanction : « Il suffit de leur dire que l’on est majeur, ils ne vérifient pas les cartes d’identité », témoignent-ils. Cette mesure intervient en plein cœur du mouvement lycéen, parti de Créteil avant de s’étendre à d’autres villes de France. Lors de la manifestation du 17 octobre, de nombreux jeunes étaient descendus dans la rue pour défendre leurs revendications concernant le système éducatif et les inégalités, mais aussi exprimer leurs inquiétudes face au réchauffement climatique et à l’avenir économique du pays.
Parmi les nombreux membres de force de l’ordre croisés sur le terrain, un agent de la police national a accepté de répondre à nos questions concernant les sanctions encourues : « Nous avons reçu l’ordre d’emmener au commissariat le mineur non accompagné, dont les parents devront venir le chercher et payer un PV », explique-t-il.
« Je pensais que ça serait seulement un avertissement ou une petite amende »
Des informations difficiles à obtenir, qui suscitent également l’étonnement des adultes interrogés au cours de la soirée face aux sanctions encourues. Certains s’inquiètent par ailleurs des conséquences de cette mesure sur les tensions actuelles, craignant qu’elle ne ravive la colère des jeunes. « C’est un peu une bêtise de la part du gouvernement, parce que cela va mettre en rogne les jeunes qui sont encore au lycée, et donc encore mineurs. Cela risque aussi d’accentuer les tensions actuelles », estime un homme de 27 ans.
Reste désormais à savoir si ces deux nuits de couvre-feu auront permis d’apaiser les tensions ou si elles risquent, au contraire, d’accentuer le sentiment d’injustice chez les jeunes. L’attention se tourne désormais vers le 24 octobre, date d’une nouvelle mobilisation attendue, qui permettra de mesurer l’ampleur de la contestation.