4 millions de repas distribués, des milliers de bénévoles et des distributions partout en France. Depuis 2016, Linkee récupère des invendus alimentaires pour les redistribuer aux étudiants en situation de précarité. Mais alors que les besoins augmentent, les ressources de l’association diminuent. Sur le terrain, les bénévoles continuent, avec une question en tête : jusqu’à quand ?
« C’est compliqué de finir la semaine, le mois. Tout est cher, on a du mal à s’en sortir. »
Astrid est étudiante. Comme elle, ils sont nombreux à venir chez Linkee pour remplir leur sac de produits alimentaires. Fruits, légumes, pain, produits frais, plats végétariens, mais aussi produits d’hygiène : le contenu change au gré des arrivages.
Pour certains, cette aide est devenue indispensable.
Selon une enquête menée par Linkee auprès de plus de 25 000 étudiants en situation de précarité, 76 % déclarent limiter la quantité de nourriture qu’ils consomment et 65 % avoir sauté au moins un repas dans la semaine pour des raisons financières.
Derrière ces chiffres, une réalité : pour une partie des étudiants, se nourrir correctement est devenu une difficile. Faida, étudiante et bénévole chez Linkee, le constate chaque semaine : « Il y a de plus en plus de jeunes en difficulté. La vie coûte plus cher, c’est vraiment compliqué. Et quand il faut jongler entre travail et études, alors là, c’est encore un autre niveau. »
Des étudiants toujours plus nombreux, des ressources qui diminuent
Le principe de Linkee est simple : récupérer des denrées qui risquent d’être jetées pour les transformer en aide alimentaire. « Une distribution pour n’importe quel étudiant, de n’importe quel âge. Les étudiants viennent, ils récupèrent des produits », explique Faida. Pas de panier imposé : chacun choisit ce dont il a besoin parmi les produits disponibles.
Anna et Léa, rencontrées pendant une distribution, apprécient cette liberté : « On ne trouve pas de tout, ça dépend des semaines. Mais ça reste équilibré, avec des fruits, des légumes, des plats végétariens, même des produits d’hygiène qui coûtent très cher normalement. »
Mais derrière les tables pleines, l’inquiétude monte.
« C’est génial à regarder comme ça, mais le plus dur, c’est derrière : récolter les dons », explique un bénévole.
Anouck, engagée depuis plusieurs années, voit les arrivages changer :« Il y a quatre mois, on avait beaucoup de produits frais, des fruits, des légumes, des produits secs. » Aujourd’hui, les ressources sont plus incertaines. L’association explique faire face à une baisse des dons ainsi qu’à la fin d’une aide publique dont elle bénéficiait auparavant. Les conséquences se mesurent directement sur le terrain. « On aidait entre 600 et 700 étudiants l’année dernière. Aujourd’hui, on est plutôt autour de 3 à 400 », explique un bénévole.
Une baisse qui inquiète les équipes. « On marche sur des œufs. Tant qu’on peut être là, on est là. Mais on ne sait pas pour combien de temps. » La difficulté ne concerne d’ailleurs pas uniquement Linkee. Les associations d’aide alimentaire font face à une hausse des besoins et à des ressources sous tension. Pour celles qui distribuent gratuitement, chaque don compte.
Et chaque distribution dépend aussi de ceux qui donnent de leur temps.
« Sans eux, on n’est rien »
Ils arrivent avant les étudiants. Ils installent les tables, trient les produits, organisent les stocks. Puis ils accueillent, renseignent et remplissent les sacs. Les bénévoles sont le moteur de Linkee. Lors d’une distribution, une vingtaine d’entre eux peuvent être mobilisés. Une véritable chaîne humaine se met en place. Les conversations fusent, les sourires aussi. Ici, on ne vient pas seulement chercher de la nourriture : on vient aussi retrouver un peu de lien.
« C’est le cœur de l’association. Sans eux, on n’est rien », résume un bénévole.
Faida connaît cette réalité des deux côtés. Étudiante elle-même, elle a choisi de s’engager.
« Moi-même, je suis étudiante. La précarité, je connais. Je sais que c’est dur. »
À la fin de la distribution, les sacs se remplissent et les étudiants repartent. Les bénévoles, eux, rangent les dernières denrées avant de préparer la prochaine. Les difficultés financières sont là, l’incertitude aussi. Mais la semaine suivante, les bénévoles seront de nouveau au rendez-vous.