
À Lille comme en Italie, les étudiants dénoncent la dégradation des services publics, la hausse du coût de la vie et la répression depuis fin septembre. À travers une enquête menée à Lille et le témoignage d’une étudiante italienne, se dessine un même sentiment d’impasse face à des gouvernements accusés de rester sourds à leurs revendications.
Une précarité systémique : de la classe à l’hôpital
À Lille, la précarité étudiante se manifeste jusque dans les conditions matérielles d’étude. Matthieu, étudiant et ancien lycéen au lycée Jeanne‑d’Albret de Saint-Germain-en-Laye, dénonce la vétusté des locaux :
« Certaines salles n’avaient pas de plafond et étaient très humides. » (…) « C’est tellement pire partout en France, que ce soit en région parisienne ou ici, comme au lycée Faidherbe, par exemple. »
Ce constat dépasse les frontières. Depuis le début du mois d’octobre 2026, plusieurs lycées sont occupés par des élèves qui dénoncent la vétusté des locaux, le manque de moyens et les carences en personnel enseignant. Les protestations visent également les choix budgétaires du gouvernement, notamment la place accordée aux dépenses militaires au regard des besoins de l’éducation.
À Rome, Cassandra, étudiante à l’université La Sapienza, témoigne des difficultés auxquelles les jeunes sont confrontés. Le coût des études pèse lourdement sur leur budget : les manuels scolaires peuvent représenter une dépense annuelle de 150 à 300 euros. À cela s’ajoutent des frais d’inscription qu’elle juge « exorbitants », compris, selon elle, entre 900 et 4 000 euros dans les universités publiques.
De plus, les difficultés ne se limitent pas à l’éducation. Cassandra dénonce également les dysfonctionnements du système de santé italien, évoquant notamment le manque de gazole pour les ambulances. À l’hôpital, les délais d’attente peuvent devenir particulièrement longs, Cassandra nous a évoqué : « Mon frère s’est blessé à la joue et a attendu sept heures pour sept points de suture. »
D’un pays à l’autre, les situations ne sont pas identiques. Mais les témoignages font apparaître une inquiétude commune : celle de jeunes qui voient se dégrader les services dont ils dépendent, tout en ayant le sentiment que leurs difficultés restent insuffisamment prises en compte.
Propagande et fracture générationnelle
Au-delà des difficultés matérielles, Cassandra dénonce le décalage entre les discours politiques et la réalité des jeunes en Italie : « Il y a beaucoup de propagande. » L’avenir professionnel l’inquiète également : « Travailler toute sa vie pour finir à 70 ans, ce n’est pas possible. » Elle estime que les responsables politiques restent éloignés des préoccupations quotidiennes.
En France, Parcoursup cristallise une partie de la colère lycéenne, notamment en raison du stress lié à la sélection. Sa suppression figure parmi les revendications du mouvement, malgré l’annonce gouvernementale de son remplacement à l’horizon 2028. À Lille, Maëlys juge que le discours d’Emmanuel Macron, le 18 octobre, « n’a eu aucune incidence sur nos revendications ». Elle prévient : « Nous continuerons à manifester ». Pour Victor et Mathilde, étudiants à l’Université de Lille, « les jeunes se battent pour leurs droits et il faut les écouter ».
Répression : Lille et Milan, même combat ?
En France comme en Italie, les violences lors des manifestations ont poussé les gouvernements à durcir leur réponse. En Italie, Giorgia Meloni a annoncé de nouvelles sanctions, dont des amendes pouvant atteindre 20 000 euros pour certaines dégradations, ainsi que le déploiement de 500 militaires supplémentaires à Milan. Cassandra, jeune étudiante Italienne, dénonce cette situation :
« Si on proteste pacifiquement, rien ne change ; si on hausse le ton, on est criminalisés. »
À Lille, les restrictions visant les manifestations et les couvre-feux imposés aux mineurs alimentent également les inquiétudes. Le Sénat a adopté le 28 octobre le projet de loi « casseurs-payeurs », renforçant la responsabilité financière des personnes impliquées dans des dégradations. Ces mesures relancent le débat sur les libertés publiques.
À Lille comme à Rome, les jeunes ont le sentiment que leurs revendications peinent à être entendues. Ces mobilisations dessinent-elles les contours d’un nouveau « printemps des peuples » ?