Une silhouette en maillot de bain tricolore qui s’avance dans la foule de journalistes. Un sourire espiègle et une légère odeur de chlore qui la suivra encore longtemps. Mary-Ambre Moluh se réjouit de son exploit. Pourtant, elle ne semble pas si surprise. Elle ne porte plus son bonnet de bain mais les cercles imprimés sur son front témoignent de son effort. Les discussions ne mentionnaient pas son nom, à présent ses initiales sont partout.
En août dernier, Mary-Ambre Moluh a provoqué une vague médiatique aux Championnats d’Europe de natation en affolant les chronomètres. Elle doit déjà s’éclipser. Sa silhouette s’éloigne, on ne voit plus que son dos, son dos qui a marqué les esprits et qui défie à présent la concurrence mondiale.
Depuis toujours, un poisson dans l’eau
Mary-Ambre Moluh est venue au monde le 9 septembre 2005, dès qu’elle en a eu l’âge, elle a commencé à nager. A 15 ans, elle commence la compétition sous le regard de son entraîneur Michel Chrétien. Elle privilégie les épreuves de dos, ce sont celles qu’elle préfère. Elle est faite pour ça, les concurrentes ne lui font jamais peur très longtemps : « Je ne suis pas du genre à me laisser pleurer » souligne-t-elle lorsqu’elle est déçue de ses résultats à l’entraînement.
Elle se lance corps et âme dans la natation. Elle rejoint l’Insep, elle a le potentiel pour aller très loin : « J’ai envie d’être cette nageuse en haut dans les rankings » appuie-t-elle en interview. A seulement 18 ans, Mary-Ambre Moluh marque l’année 2023 quand elle décroche sa première médaille d’or au 100 mètres dos lors des Championnats d’Europe en petit bassin.
Son dos semble frôler la surface de l’eau quand elle nage, elle se veut plus rapide que les autres et elle l’est. Mais elle le sait, pour se mesurer aux plus fortes, elle doit changer d’air. « J’ai toujours vu celles qui étaient en tête des podiums. Je me disais que c’étaient des extraterrestres, des filles qui ont des qualités que je n’ai pas encore » explique-t-elle avant de partir s’entraîner ailleurs.
Epouser la vague pour mieux la dompter
En 2024, Mary-Ambre part pour la Californie, plus précisément, l’université de Berkeley où elle poursuit ses entraînements de haut niveau tout en suivant des études de droit et d’économie. Cette décision majeure a été prise après sa douche froide aux JO 2024. La sixième place de l’équipe de France en relais 4×100 mètres nage libre fut comme une noyade. Elle s’est réveillée les idées claires : pour s’améliorer, il fallait se rapprocher des géantes de la discipline. Elle assume son choix : « le fait d’être entourée de personnes qui nagent à très haut niveau m’a aussi donné envie de performer à ce niveau-là. »
Michel Chrétien en témoigne : « Elle est partie aux États-Unis avec une première année d’adaptation où elle n’a pas fait un travail énorme. La deuxième année, elle a été plus exigeante […] vis-à-vis d’elle-même. » Se mouiller la nuque en entrant dans l’eau n’a pas suffi, la Française a eu besoin de temps avant de se sentir chez elle dans le grand bassin international de Berkeley.
Au-delà des études, la mentalité de la nageuse de 20 ans a évolué après un an souligne-t-elle : « en me rapprochant de certaines de ces filles, je me suis dit : elles sont comme moi, elles n’ont rien de plus. Si j’ai envie d’être bonne, je peux l’être. » Dans l’eau, le dos face au public, elle est prête à ancrer sa silhouette tricolore dans les mémoires, elle est prête à fendre l’eau pour battre des records.
Éclabousser la compétition
Du 10 au 16 août dernier, le centre aquatique olympique de Saint-Denis était en ébullition avec les Championnats d’Europe de natation 2026. Au milieu des têtes d’affiche, une jeune fille de 20 ans au sourire immense fait de grands signes au public, Mary-Ambre Moluh est de nouveau sur le sol français, prête à se lancer dans l’eau. Celle qui participe à ses premiers Championnats d’Europe en grand bassin est décontractée, son seul but : « réaliser les objectifs chronométrés que je me suis donnés » insiste-t-elle.
Première entrée dans l’eau face à une majorité d’hommes, elle entame cette compétition dans le relais 4×100 mètres mixte 4 nages le 11 août. Un battement de jambes plus tard, elle bat le record d’Europe en 57 secondes 99, la France décroche l’or dans l’épreuve. Mary-Ambre vient d’éclabousser les statistiques.
48 heures après, elle est en finale du 50 mètres dos dont elle détient le record de France en 27 secondes 20. Le 15 août arrive, avec lui, la finale du 100 mètres dos. Sa silhouette tricolore entre dans la salle, elle vient chercher un record.
La torpille est lancée, 57 secondes 94 plus tard, elle est championne d’Europe, recordwoman de la distance et la première Européenne à passer sous les 58 secondes. Elle affirme simplement en sortant : « Je pense que je suis sur la bonne lancée pour pouvoir réaliser ce dont j’ai envie dans deux ans à Los Angeles. »
Une Française de 21 ans vient de marquer le monde de la natation. Elle sourit et ses yeux pétillent de joie, ou plutôt, de volonté. Il y a moins d’un mois, son nom était méconnu, aujourd’hui, quand on entend ses initiales, on pense à la vague qu’elle représente. Une silhouette tricolore s’éloigne et nous tourne le dos.