Les com­mer­çants face aux violences : qui va payer ?

Ce vendredi, alors que certains com­mer­çants tentent encore d’estimer le coût total des dégâts subis le weekend dernier, ils doivent déjà se tourner vers samedi, nouvelle journée de mobilisation.

« La paranoïa s’ins­talle parmi les com­mer­çants », observe Maxime, gérant de la boutique de cadeaux Pylones, située rue de Béthune. Cette rue, proche de la Grand’Place, a été la plus touchée par les violences de samedi dernier. « Regardez, les commerces se bar­ri­cadent tous pour demain », dit-​il, en montrant les nombreux ouvriers ins­tal­lant d’é­paisses planches de bois le long des vitrines. Maxime ne peut que com­prendre ce climat de méfiance. Le 17 octobre, en marge de la mobi­li­sa­tion contre la vie chère, des groupes de casseurs ont com­plè­te­ment saccagé sa boutique. « Quand ça a commencé à dégénérer, on a fermé la boutique et on est rentrés chez nous. Le reste, on l’a suivi sur les réseaux sociaux.» Au détour d’une publi­ca­tion, Maxime découvre alors que la porte de sa boutique a lâché. « Elle est ensuite restée ouverte toute la nuit. Les gens se sont servis, ils ont tout pillé.» Bilan : 5 000 € de dégâts, dont 1 000 € rien que pour la porte.

30 mètres plus loin, au cinéma le Majestic, l’état des portes fait également grincer des dents. « La facture pourrait monter jusqu’à 20 000 €», souffle Jean-​Baptiste Garnier, directeur des cinémas UGC à Lille, groupe auquel appar­tient le Majestic. Le cinéma a payé sa proximité avec la boutique « le Coin des barons », com­plè­te­ment détruite par les flammes samedi. « On est dans le même bâtiment, donc pour éteindre l’in­cen­die, les pompiers ont dû défoncer une de nos portes », explique-​t-​il. Une autre porte a vu sa vitre être abimée par des casseurs, et nécessite un rem­pla­ce­ment intégral.

Les com­mer­çants de la rue de Béthune se bar­ri­cadent en prévision de la nouvelle journée de mobi­li­sa­tion de samedi. © Paul-​Henri Giroudet

Un coût direct pour les commerçants

Pour les commerces, il s’agit main­te­nant de savoir qui paiera ces dégâts. Le gou­ver­ne­ment a annoncé certaines aides, et les assu­rances prendront en charge une part. « Mais pas l’in­té­gra­lité. Ça dépend du montant de la franchise que vous payez, et des options aux­quelles vous avez souscrit », précise un com­mer­çant sou­hai­tant rester anonyme. « Et tout le temps que l’on passe à réparer, nettoyer, faire l’in­ven­taire des dégâts, c’est un temps durant lequel on ne fait pas d’argent. Il n’y a pas de rem­bour­se­ments pour ça », complète-​t-​il.

Face aux risques d’une nouvelle journée de violences samedi, de nombreux commerces anti­cipent et se bar­ri­cadent. Des ouvriers viennent fixer des planches en bois contre leurs vitrines. « En période de violences urbaines, les pres­ta­taires montent leurs prix. Aujourd’hui, bar­ri­ca­der trois vitrines peut faci­le­ment vous coûter 8 000 €», dénonce ce même com­mer­çant. Tibaut, vendeur au Cigusto, boutique de ciga­rettes élec­tro­niques, est sceptique quant à cette solution. « Le bois, c’est plus de la dis­sua­sion, parce que s’ils veulent entrer, ils entreront. Sur les réseaux sociaux, certains appellent à venir samedi avec des pieds-​de-​biche », s’inquiète-t-il. Tous les com­mer­çants de la rue sont dans un groupe WhatsApp commun, dans lequel la police émet des recom­man­da­tions de sécurité. Demain, ils attendent des forces de l’ordre une plus forte présence que le weekend dernier, au risque de voir ce climat de méfiance se prolonger.

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