Manifestations lycéennes : vers un nouveau Mai 68 ? 

« L’acte 3 » de la mobi­li­sa­tion lycéenne s’est déroulé ce mardi 6 octobre. Ils étaient 25 000 selon les syndicats et 5 800 selon la pré­fec­ture réunis dans les rues de Lille. Rejoints par les étudiants et les pro­fes­seurs, ils reven­diquent notamment de meilleures condi­tions d’études ainsi que de plus grands moyens accordés à l’éducation. Leur colère s’exprime à travers des blocus et des mani­fes­ta­tions. Ces évé­ne­ments qui touchent plusieurs éta­blis­se­ments de France depuis le début du mois, font écho, d’après la géné­ra­tion Z, aux épisodes de Mai 68. 

Que ce soit dans les cortèges, écrit sur des pancartes ou scandé dans des méga­phones, les réfé­rences à Mai 68 sont récur­rentes. Place de la République, Jean-​Philippe, 64 ans, observe la mani­fes­ta­tion de loin. Pour lui, il ne faudrait pas recréer Mai 68, “mais c’est peut-​être la seule solution pour que les jeunes soient entendus”. Le mouvement étudiant avait entraîné la paralysie du pays par une grève de près de dix millions de salariés, abou­tis­sant aux compromis de Grenelle. À gagner : le relè­ve­ment immédiat de 35 % du salaire minimum (le SMIG) et une aug­men­ta­tion générale de 10 % des rémunérations.

Les reven­di­ca­tions de Mai 68 furent bien entendues, ceci au détriment du bilan humain tragique d’au moins sept morts et 2 000 blessés. La France avait également connu de nombreux dégâts matériels. Un exemple passé dont les mani­fes­tants disent mesurer les limites. Wallen Dezitter, lycéenne de 17 ans, vient à peine de conclure son discours devant la foule : “On veut refaire Mai 68, mais sans trop de casse, le faire en res­pec­tant la loi. Manifester, c’est notre droit”. Dans les Hauts-​de-​France, le bilan financier des dégâts depuis le début du mouvement est de “près d’un million d’euros”, selon la région. Derrière cette somme, ce sont prin­ci­pa­le­ment des portails, des grilles de sécurité, ou des por­tillons qu’il faut remplacer.

Si le parallèle entre les deux époques est sur toutes les lèvres, c’est aussi parce que les reven­di­ca­tions d’aujourd’hui reflètent celles d’hier. Adrien Lambert, 18 ans, étudie les sciences poli­tiques et explique cette sen­si­bi­lité partagée : “Je ne suis pas par­ti­cu­liè­re­ment inspiré par Mai 68, mais ça reste un mouvement qui demandait une plus grande égalité des chances, comme nous aujourd’hui, donc je comprends qu’on en parle autant dans les mani­fes­ta­tions”. Ugo Bernalicis, député de La France insoumise, était présent mardi 6 octobre place de la République. Pour lui : “c’est clair qu’il y a tous les ingré­dients pour que la mobi­li­sa­tion parte très loin”. Le député met tout de même en avant “une dif­fé­rence notoire avec aujourd’­hui, c’est qu’en 1968, le point de départ, c’était les étudiants pas les lycéens, donc il faut voir si le nouveau soutien des étudiants peut faire pencher la balance.”

Il reste à savoir si la com­pa­rai­son tiendra réel­le­ment la route. La contes­ta­tion lycéenne se heurte tout de même à une réalité. En effet, sans paralysie de l’é­co­no­mie, ni asso­cia­tion massive avec le monde du travail, le mouvement risque de peiner à obtenir des progrès com­pa­rables à Mai 68. C’est avant tout un cri d’alarme sur l’état de l’école publique que ces jeunes tentent de faire entendre. Prochaine étape annoncée par les orga­ni­sa­tions : une nouvelle journée d’action le 17 octobre. Les gilets jaunes, les syndicats de cheminots ou encore les agri­cul­teurs sont appelés à rejoindre la géné­ra­tion Z dans les rues. 

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