La semaine dernière, l’ONG Foodwatch a publié une liste de produits « riches en protéines » qu’elle estime être « ultra-transformés ». L’enquête réalisée par l’association pointe du doigt 10 produits et met en garde contre la consommation de ces aliments de plus en plus populaires et le marketing utilisé par les marques. Rencontre avec une spécialiste et des consommateurs.
C’est une affaire qui fait grand bruit dans le monde de l’alimentation. Dans les rayons des supermarchés, les produits protéinés se sont fait une place ces dernières années et répondent à une demande croissante. Mais ces produits de plus en plus consommés ont récemment fait l’objet d’une enquête de la part de l’ONG Foodwatch qu’elle estime en réalité « ultra-transformés ».
Des produits peut-être pas si sains
Barres énergétiques, boissons lactées ou encore paquets de céréales… Au total, ce sont 10 produits qui sont mis en cause par une enquête de l’ONG Foodwatch. L’association épingle ces produits qui affichent fièrement l’étiquette « riche en protéines » mais qui pourraient ne pas être aussi sains qu’ils n’y paraissent.
La raison : la présence notamment de deux substances, l’acésulfame‑K et les carraghénanes, des édulcorants et additifs controversés dont la consommation répétée pourrait impacter la santé des acheteurs. Danone, Marque Repère, Carrefour ou encore Nestlé… Plusieurs marques sont pointées du doigt. Depuis quelques années, la course à la protéine a ouvert la voie à de nombreux produits protéinés transformés.
Et les consommateurs : pour ou contre ?
Plus de 180 000 personnes ont déjà signé une pétition portée par Foodwatch et par plusieurs associations qui réclament des mesures concrètes pour mieux réguler les aliments ultra-transformés.
Du côté des consommateurs, ces produits interrogent et les avis sont mitigés. À la sortie du supermarché Match de la rue Solférino, James ressort une baguette sous le bras et des œufs frais à la main. Il y a cinq ans, James consommait des produits protéinés, notamment certains épinglés par l’enquête. Aujourd’hui, il a un œil beaucoup plus critique sur ces produits. « Quand j’étais plus jeune, je voyais « protéines » sur l’emballage et j’achetais. Au final, ça n’a pas vraiment fait de différence sur ma musculation, c’est surtout l’alimentation sur le long terme qui a été efficace », raconte James. Le jeune homme a depuis décidé d’arrêter de consommer des produits hyperprotéinés qu’il décrit comme « trop chers » et « moins bons en goût ». Il reconnaît également une certaine naïveté à l’époque, et admet que les emballages l’attiraient lorsqu’il était plus jeune. « En marquant « protéines » sur le paquet, tu vends un rêve. Tu vends l’idée que si tu consommes ces produits, tu prendras du muscle. Et c’est du marketing, parce que ce n’est pas vraiment grâce à ça que tu vas prendre du muscle », témoigne James.
Son ami Léo, lui, n’a jamais eu pour habitude de consommer des produits hyperprotéinés, mais confie que certains de ses proches en achètent régulièrement. Pour le jeune homme, « c’est à chacun de faire ses propres choix. » « Je pense qu’il faut un minimum d’encadrement des parents auprès des plus jeunes, qu’ils leur expliquent qu’il vaut consommer des produits moins transformés. Après, ça reste le problème de chacun, tant qu’ils savent vers quoi ils vont », poursuit Léo.

Devant sa salle de sport du boulevard Vauban, Raphaël explique ne pas consommer de produits hyperprotéinés et préférer du poulet, des haricots ou des lentilles. Pour lui, se muscler doit rester quelque chose de naturel, mais ne juge pas ceux qui en achètent ni ceux qui les vendent. « Je pense que c’est quand même assez paradoxal de faire du sport pour sa santé, mais de prendre des produits qui nuisent à ta santé. Je trouve ça un peu étrange, mais les gens font ce qu’ils veulent », confie le jeune homme, à peine sorti de sa séance de musculation. En ce qui concerne le marché et le marketing de ces produits hyperprotéinés, Raphaël reste pragmatique. « Les industriels proposent des produits et après, c’est aux clients d’acheter ou non. Si c’est commercialisé, c’est que c’est vendu », affirme le jeune homme. Pour lui, « le sport doit aussi rester un plaisir. » En tant que sportif, Raphaël est tout de même surpris par les autres sportifs qui consomment des produits hyperprotéinés. « C’est toujours ce même paradoxe. On fait du sport pour se sentir bien dans son corps et à côté, on prend des saloperies pour se muscler plus vite, alors qu’en général, on a quand même le temps », ajoute le jeune homme.
À consommer avec modération
Amidons modifiés, gomme gellane ou encore sirop de glucose… D’autres ingrédients qui composent ces produits protéinés sont ciblés par l’enquête de l’association qui les qualifie de produits ultra-transformés pouvant nuire à la santé des consommateurs. Derrière leurs promesses nutritionnelles, ces produits contiennent en réalité des marqueurs d’ultra-transformation. Une consommation régulière de ce type d’aliments serait associée à un risque accru de diabète, de maladies cardiovasculaires et même de symptômes dépressifs. Selon les spécialistes, les protéines peuvent avoir un effet satiétogène. « Si on en manque, on peut avoir un déséquilibre avec une sensation de faim qui arrive plus vite après un repas. […] À la fin de la journée, on a plus mangé mais sans forcément avoir des vertus pour la santé », explique Adeline Hage, nutritionniste à Lille. Elle ajoute que « ce sont aussi des aliments qui vont contenir plus de sucres ou d’acides gras saturés, qui sont des nutriments dont on n’a pas besoin en grande quantité. »
Dans son métier, Adeline Hage a constaté « une tendance sociétale à vouloir manger plus de protéines, et les industriels surfent sur cette vague-là. » Pour qu’un produit obtienne le droit d’afficher la phrase « riche en protéines » sur l’emballage, il doit être constitué d’au moins 20 % de protéines. Mais cet argument marketing n’apporte en réalité aucune autre précision sur les valeurs nutritionnelles du produit. « Là où on peut s’interroger, c’est le Nutri-Score, qui ne reflète pas forcément le degré de transformation de l’aliment », explique Adeline Hage. La nutritionniste aborde notamment l’idée d’utiliser un autre score, le score Nova, qui donne une indication sur le degré de transformation de l’aliment. Pour elle, ce score pourrait permettre aux consommateurs de se rendre compte du degré de transformation de l’aliment et ainsi de pouvoir réduire leur consommation.