Depuis l’adoption en mai dernier du repas à 1 euro pour tous les étudiants, les restaurants universitaires du CROUS ont vu leur taux de fréquentation quasiment multiplié par deux. Devant leurs portes, les queues s’allongent, les étudiants s’impatientent et les salariés, eux, fatiguent.
Depuis la rentrée, ce sont des milliers d’étudiants qui s’amassent, midi et soir, devant les restaurants universitaires du CROUS. En effet, depuis la généralisation du repas à 1 euro à tous les étudiants, leur taux de fréquentation a bondi de 48 %, contre 16 % annoncés : c’est trois fois plus que ce qui était prévu. Par exemple, ce lundi 21 septembre au soir, ce sont près de 600 étudiants qui ont patienté devant le resto U de l’Université Catholique de Lille.
Une sur-fréquentation de 48%
Jeanne, étudiante en quatrième année de médecine, est une habituée du restaurant universitaire de rue Meurein. Elle témoigne d’une situation inédite comparée aux années précédentes : « Il y a beaucoup plus de monde, plus de bruit, et le personnel est totalement sous l’eau. » Pour Jeanne, il faut compter une quarantaine de minutes d’attente à chaque repas. « Quand on voit des étudiants dehors, on peut compter au minimum 20 minutes. Par contre, quand la file arrive jusqu’au feu rouge, ça tourne plutôt autour de 40 » indique Julien dans le même sens.
Tout comme l’étudiant en design, Claire n’a pas eu le temps de manger ce midi. La boursière en colère dénonce un manque d’infrastructures adaptées à la nouvelle mesure. Selon elle, ce sont les boursiers qui en pâtissent le plus : « Le privilège est retiré à ceux qui l’avaient déjà avant. » Une pensée partagée par deux étudiants de l’IÉSEG, qui ne fréquentaient pas le restaurant universitaire avant l’adoption du prix unique pour tous. « Est-ce que certains étudiants ont réellement besoin de ce repas à 1 euro ? » se questionne l’un d’eux, en prenant l’exemple de ses camarades de l’IÉSEG, une école de commerce dont le prix s’élève à près de 14 230 euros par an. « Même si ça me régale le fait que ce soit à 1 euro, je pourrais quand même tenir le mois si le repas était encore à 3 euros 30 » avoue-t-il, en s’interrogeant sur sa légitimité à profiter de cette nouvelle mesure.
Les salariés du CROUS en grève
Les salariés du CROUS ont également sonné la sonnette d’alarme en se mettant en grève le mardi 22 septembre. Ils dénoncent une sur-fréquentation des restaurants universitaires sans moyens suffisants pour y faire face. Une situation qui vient directement impacter leurs conditions de travail. « Les agents sont épuisés avec des charges de travail énormes » alerte Catherine Bodet, secrétaire générale du Sgen-CFDT Nord-Pas-de-Calais associé au mouvement de grève. « Forcément, si on n’augmente pas le nombre d’agents, il va y avoir un problème » signale-t-elle encore. Malgré une tentative d’adaptation de la part du CROUS de Lille, notamment via l’élargissement des plages horaires ou l’embauche supplémentaire d’étudiants, ces mesures ne semblent pas suffisantes. Une seconde grève est ainsi prévue le 29 septembre prochain, dont les revendications porteront davantage cette fois-ci sur les rémunérations des agents. « La CFDT est bien sûr en faveur de cette mesure sociale, mais en parallèle il faut les moyens pour faire face à cette demande » conclut Catherine Bodet.
Ce jeudi 24 septembre, le CNOUS a appelé à la régulation du nombre de bénéficiaires des restaurants universitaires, via l’instauration de jauges d’affluence. L’avenir du repas à 1 euro pour tous reste incertain et dépendra du futur budget 2027, débattu prochainement à l’Assemblée nationale.