Les jeunes semblent renouer avec la foi. Alors qu’on la croyait en perte de vitesse, la religion semble revenir en force, notamment chez les nouvelles générations. Un engouement qui se manifeste aussi bien chez les chrétiens que chez les musulmans, alors que Carême et Ramadan coïncident cette année. Un double rendez-vous spirituel qui semble mobiliser la jeunesse.
« Nous entrons dans le Carême ». Il est 12h15 lorsque les fidèles font face à l’autel. Pour les chrétiens, ce mercredi des Cendres marque le début d’une période de quarante jours de jeûne et de prières qui mènera jusqu’à Pâques. Face à l’engouement, l’aumônerie de l’Université Catholique de Lille a dû s’adapter. « Lors du Carême l’an dernier, 1300 personnes ont assisté à la messe dans une chapelle de 1000 places. Cette année, on a ajouté une messe supplémentaire à midi », explique Agathe, membre de l’aumônerie. Pari réussi : environ 600 personnes ont répondu présentes. « Je ne m’attendais pas à voir autant de monde », confie Briac aux côtés d’Agathe. « Et je suis sûr qu’il y en aura encore plus ce soir ! », renchérit la jeune femme.
En France, le catholicisme demeure aujourd’hui la première religion déclarée, avec 29 % de fidèles, suivi par l’islam avec 10 % de fidèles. La dynamique s’inverse dans la pratique religieuse d’après l’INSEE : 58 % des musulmans prient chaque semaine, contre 15 % des catholiques. Près de 5,4 millions de personnes participent cette année au Ramadan. Depuis le 1er mars, ce rendez- vous religieux est largement pratiqué par les jeunes musulmans. 83 % des 15 – 17 ans affirmaient jeûner en 2019, contre une moyenne nationale de 66 %, selon une enquête de l’IFOP.
Les réseaux sociaux, nouveaux vecteurs de foi ?
À Lille, Agathe et Briac constatent une augmentation des jeunes fidèles notamment à travers les baptêmes « qui ont doublé en un an ». L’aumônerie en compte trente cette année, contre quinze en 2024. Un constat partagé dans d’autres paroisses de la ville. « Le dimanche soir à Saint-Michel, c’est essentiellement des étudiants », souligne Agathe qui se dit « impressionnée ».
De son côté, Reda ne fréquente pas les lieux de culte musulmans. Il observe cependant que la pratique religieuse grandit auprès des jeunes « autour de [lui] ». « J’ai l’impression que les jeunes s’intéressent davantage à la religion, ils font le ramadan de plus en plus tôt », décrit le Lillois de 23 ans. D’après un sondage Statista datant de 2019, 28 % des fidèles estiment que les jeunes musulmans sont plus religieux qu’eux au même âge. Reda explique cet engouement par « l’augmentation des contenus religieux sur les réseaux sociaux ». Prière, réflexion théologique, conseils pratiques pour suivre le Carême ou le Ramadan, « il y a beaucoup plus de comptes qui parlent de religion », note l’étudiant. Que ce soit sur Instagram ou TikTok, la foi se diffuse désormais en vidéo.