Suppressions de postes : ensei­gnants et élèves mobilisés devant le rectorat de Lille

Mercredi 11 février, ensei­gnants, parents et élèves se sont ras­sem­blés devant le rectorat de Lille. En cause : la sup­pres­sion de 412 postes à la rentrée 2026. Une décision justifiée par la baisse démo­gra­phique mais vécue sur le terrain comme un nouveau coup dur.

Il est un peu avant 14 heures lorsque les premiers groupes arrivent devant le rectorat de Lille. Des ensei­gnants, des parents d’élèves et des lycéens. Tous ont en tête les 412 postes pro­chai­ne­ment supprimés et les 11 500 élèves de moins. Ces chiffres placent Lille en tête des académies les plus touchées par la nouvelle répar­ti­tion des moyens de l’Éducation nationale. Mais une même inquié­tude revient : celle d’un service public d’éducation fragilisé, dans un ter­ri­toire déjà marqué par de fortes dif­fi­cul­tés sociales.

Davantage d’ambition pour faire réussir tous les élèves

Pour justifier ces sup­pres­sions, le ministère s’appuie sur les pro­jec­tions démo­gra­phiques. Les orga­ni­sa­tions syn­di­cales dénoncent une approche « purement comptable » de l’école. Selon elles, la baisse démo­gra­phique estimée entre 1 % et 2 % aurait pu être l’occasion de réduire le nombre d’élèves par classe et d’améliorer les condi­tions d’apprentissage.

Classes sur­char­gées et options menacées

Dans certains lycées, les pro­jec­tions évoquent des classes de première pouvant atteindre 36 élèves à la rentrée prochaine. Des heures en demi-​groupe seraient sup­pri­mées et les options pour­raient dis­pa­raître. Des projets péda­go­giques innovants se retrouvent fra­gi­li­sés. Pour les équipes édu­ca­tives, le dilemme est concret : préserver des options pour maintenir l’attractivité de l’établissement, ou limiter la hausse des effectifs par classe​.lc


Micro-​trottoir : « Dans votre carrière d’enseignant, qu’est-ce qui vous marque ou vous a déjà marqué et qui a modifié votre pratique ? »

© Juliette De Sa

Marie Lefebvre, ensei­gnante en maternelle

J’ai déjà été témoin d’agressions de parents extrê­me­ment virulents qui entrent dans les écoles. La violence, ça existe et ça arrive de plus en plus. Moi-​même, j’ai vécu une agression : un père estimait que sa fille était harcelée et il a voulu s’en prendre à un autre élève. On a dû faire inter­ve­nir la police. Ce n’est pas normal une telle violence de la part d’un parent envers un enfant. Ça a été très choquant.

© Juliette De Sa

Delphine Chiocci, pro­fes­seure d’histoire géo­gra­phie en collège

Depuis huit ans que j’enseigne, j’ai des élèves en grande dif­fi­culté qui devraient être accom­pa­gnés, mais ils sont laissés à la dérive. Il n’y a pas de protocole par­ti­cu­lier à suivre et surtout pas assez de personnel de santé. Ce manque d’accompagnement constitue une situation de violence, qui prive les élèves de lieux et de personnes à qui se confier.

© Juliette De Sa

Lucie Gravelin, pro­fes­seure de Lettres Modernes en collège

On est confron­tés à la violence en per­ma­nence. J’ai déjà eu des élèves venus en classe avec des couteaux, c’est une réalité très difficile à vivre au quotidien. Pour tenir, j’enfile mon costume de prof et je me dis que c’est dirigé contre un système et pas contre moi. Malgré tout, le doute s’installe : on se demande toujours si on a mal fait les choses. C’est violent.

© Juliette De Sa

Willy Leroux, pro­fes­seur de tech­no­lo­gie au collège

En 32 ans de carrière, j’ai déjà été bousculé par des élèves, ça n’est jamais allé plus loin, mais ce qui a changé, c’est le contexte social dans lequel vivent les élèves. L’école a perdu de son impor­tance : beaucoup ne la voient plus comme un lieu d’apprentissage, mais juste comme un endroit pour retrouver leurs amis, sans réel intérêt derrière. Je vois des com­por­te­ments qu’on ne voyait pas avant.

L’IA a de la concur­rence : l’intelligence humaine a déchiffré une langue disparue

Le déchiffrement de l’élamite linéaire par François Desset marque...

Un quotidien han­di­ca­pant et des douleurs omni­pré­sentes : le combat de Célia

En France, deux millions de femmes sont atteintes d'endométriose,...

Au cœur de Gambetta, la passion avant tout

Face aux grandes surfaces, les commerces de bouche doivent...

Contrepoint n°45

Au cœur de Gambetta, la passion avant tout

Face aux grandes surfaces, les commerces de bouche doivent sans cesse s’adapter. L’approvisionnement devient plus complexe, la concurrence s’intensifie et les habitudes de consommation...

Face au gas­pillage du matériel médical, la solution du reconditionné

Alors qu’une grande partie du matériel médical finit inutilement à la poubelle, une entreprise nordiste a peut-être trouvé une solution pour faire face au...

La salle de sport, miroir gros­sis­sant de notre société

On a tous une connaissance qui va « à la salle » chaque semaine, parfois tous les jours. Cet ami, c'est peut-être vous. Mais...