Selon un sondage commandé par l’ACAT (Action des chrétiens pour l’abolition de la torture) et réalisé par l’IFOP, 38 % des Français jugent la torture parfois tolérable. Alors que la loi française et le droit international l’interdisent strictement, ce chiffre révèle un fossé inquiétant entre légalité et perception
Selon le sondage IFOP commandé par l’ACAT (Action des chrétiens pour l’abolition de la torture), plus d’un Français sur trois estime que la torture pourrait être tolérable dans certaines situations. Un résultat glaçant, qui pose une question simple : une démocratie peut-elle encore tenir un interdit absolu ? Pour Solène Debarre, avocate pénaliste, et Agnes Cloet, membre d’ACAT, la réponse est nette : non. « Nul ne sera soumis à la torture. » – Déclaration universelle des droits de l’homme, article 5.
Un interdit absolu bafoué… dans les têtes
« La torture n’est jamais autorisée », rappelle Solène Debarre. Elle est strictement interdite par la Convention européenne des droits de l’homme et le Code pénal. « Il existe l’état de nécessité… mais l’emploi de la torture reste manifestement disproportionné et illégal », souligne-t-elle. Le droit refuse toute exception pour une raison fondamentale : « Des études montrent que des personnes avouent des faits qu’elles n’ont pas commis sous la torture. La réhabiliter reviendrait à retomber dans les travers de l’ancien régime », avertit-elle.
Le danger moral et social
Pour ACAT, le sondage est un signal d’alarme : « Quand une société envisage la torture comme acceptable, elle ouvre la porte à sa banalisation », explique Agnes Cloet, membre de ACAT. « Quand la peur et la défiance s’installent, l’impensable devient envisageable », ajoute-t-elle.