Élection en Argentine du président Javier Milei : retour sur une campagne à la découpe

Qui pourrait se douter que l’homme au centre de cette photo, bran­dis­sant sa tron­çon­neuse devant de gros drapeaux, s’agit du nouveau président argentin ? Sa férocité, ses phrases outran­cières et les images de sa campagne ont énor­mé­ment choqué mais aussi séduit sur les réseaux sociaux. Ce sont aussi les ingré­dients qui lui ont valu la victoire.

Javier Milei, 12 septembre 2023 à la Plata, en pleine campagne pré­si­den­tielle,
Natacha Pisarenko, Associated Press

« C’est le plan tron­çon­neuse. Parce qu’on va découper à la tron­çon­neuse les dépenses publiques. Les poli­tiques tremblent. Ils mentent aux gens, cette bande de criminels. Ces voleurs. Ils n’aiment pas notre plan parce qu’après ils ne pourront plus piller. Ils devront tra­vailler sans voler. Ils vont devoir trimer comme des personnes honnêtes. »

Petite pré­sen­ta­tion de l’homme tronçonneuse

Pour ceux qui auraient raté les articles en une parus depuis dimanche sur l’éner­gu­mène, voici Javier Milei. Économiste de 53 ans, classé à l’extrême droite pour sa radi­ca­lité dans la doctrine libérale. France Inter a même repris toutes ses lettres de marques : « minar­chiste, anarcho-​capitaliste, libéral conser­va­teur, ultra­li­bé­ral », et un nouveau terme qu’on laissera à Nicolas Demorand, « OGM politique ».

Javier Milei est le fondateur en 2021 de « La liberté avance », son parti libéral-​libertaire. Il dénonce une caste politique argentine qu’il juge « para­si­taire ». Et il remporte haut la main le long processus électoral en Argentine, face aux deux partis sécu­laires pourtant installés depuis plusieurs décennies. Et ceci avec une existence politique de seulement trois ans.

Revenons rapi­de­ment sur sa fin de campagne, que son avènement n’aura pas tardé d’écraser par l’é­ton­ne­ment général de la presse dans le monde.

Un premier revers après le rouleau compresseur

Nous sommes le 22 octobre, au premier tour de l’é­lec­tion pré­si­den­tielle argentine. La classe politique, comme la popu­la­tion, retiennent leur souffle, face au potentiel raz-​de-​marée liber­ta­rien. Rien n’y fait, Sergio Massa, candidat de la droite péroniste (centre-​gauche) obtient presque 37% des voix, devant Javier Milei, ce dernier avec 30% des votes. Le monstre Milei, amplifié par la bulle internet, ne semble plus inarrêtable.

Les deux fina­listes pour le second tour se sont affrontés dans un débat télévisé le 12 novembre. Si seul le verbe était autorisé, il se peut qu’il ait été un peu cru. Les attaques directes ont commencé à fuser des deux côtés, en s’en prenant à leur programme comme à leur stabilité émotionnelle.

Javier Milei et Sergio Massa lors du débat pré­si­den­tiel à Buenos Aires
12 novembre 2023, Luís Robayo, Reuters

Le Lion et le Canard

Certains com­men­ta­teurs et médias ont fait vœu pieux de voir Javier Milei perdre, « Javier Milei K.O » titre le Courrier International, « Sergio Massa prend le dessus » insiste les Échos. Cependant la plupart s’ac­cordent à dire que la partie va être très serrée, et se jouer à la voix près.

D’autant que Javier Milei, que l’on surnomme « le Lion » dans la logique de la chaîne ali­men­taire libérale (Des lions menés par des ânes, Charles Gave), a reçu un soutien de choix dans l’entre-​deux tours. Il s’agit de Patricia Bullrich, candidate centre-​droit de « Juntos por el Cambio » (« Ensemble pour le chan­ge­ment »), arrivée troisième au premier scrutin avec 24% des suffrages. C’est un réservoir de voix énorme pour Javier Milei, et une alliance qui défait les campagnes de dia­bo­li­sa­tion orga­ni­sées autour de son per­son­nage. Patricia Bullrich étant surnommée « el Pato » (« le canard »), la com­mu­ni­ca­tion Milei s’est empressée de faire tourner l’image.

Javier Milei et Patricia Bullrich, « Le Lion et le Canard »,
26 octobre 2023, Martín Bonetto, Clarín

Le lion devra cependant composer avec le canard, sinon il risque de s’es­seu­ler au Parlement, qui ne compte pour le moment qu’une trentaine de députés « La Liberté avance ».

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