Auparavant, le harcèlement scolaire se restreignait aux murs de l’établissement scolaire et la maison était un refuge pour l’enfant victime. Désormais, le téléphone rompt cette barrière entre l’école et le foyer. Une situation d’autant plus inquiétante, que les filles en sont le plus victime.
Bien que les téléphones portables soient interdits pour tous à l’école primaire, Florent H, professeur des écoles dans l’Aisne, remarque que la première chose que font ses élèves de CM1 dès que la cloche a sonné, c’est sortir leur smartphone de leur poche. « On remarque que les enfants sont très en contact avec l’image et les écrans, que ce soit par le biais d’un smartphone ou via les jeux vidéo.» Une génération ultra connectée dès le plus jeune âge, qui est aussi très active sur toutes les plateformes. Une étude réalisée par l’association E‑enfance a démontré que 67% des élèves de primaires sont inscrits sur un réseau social : « cela leur permet de communiquer entre eux, pas toujours à bon escient et surtout sans la surveillance des parents… », admet l’instituteur.
Un rapport aux réseaux sociaux propice au cyberharcèlement
Des enfants ultras connectés, dont internet est un refuge, mais aussi pour certains : un cauchemar. Près d’un quart des enfants âgés de 6 à 18 ans ont déjà été confrontés à une situation de cyberharcèlement en 2024. Le phénomène se poursuit tant que le téléphone est allumé. La boule au ventre qui accompagnait les enfants sur le chemin de de l’école est toujours là lors du retour à la maison. C’est derrière un écran que les insultes continuent, que les SMS aux mots tranchants blessent, et que la situation tourne au désastre.
Les filles sont les premières cibles
Samuel.C, psychologue pour l’association e‑Enfance, a remarqué que les filles étaient les premières victimes de cyberharcèlement, un phénomène appelé cybersexisme : « Au début du collège, en cinquième et en quatrième, les filles sont les plus concernées. Cela s’explique par le fait que ce sont elles les plus exposées, autant sur les réseaux sociaux que sur les jeux vidéo. » Les cas de cyberharcèlement font vivre aux enfants un enfer, et se terminent parfois en drame absolue : en 2023, la petite Lyndsay, agée de 13 avait mis fin à ses jours suite aux attaques qu’elle subissait quotidiennement sur les réseaux sociaux.
Reconnaître les signes
Face au cyberharcèlement, il y a des signes auxquels il faut prêter attention : « Il faut être attentif aux changements de comportement : un enfant qui dormait bien et qui, d’un coup, a du mal à s’endormir, qui mange moins, qui s’éloigne de l’école : tous ces signaux sont alarmants », explique le psychologue. « Un enfant harcelé ne va pas forcément en parler, parce qu’il aura trop honte ; c’est à l’entourage d’agir.»