À Lille, la mort tragique du jeune Mathis, fauché par un conducteur suspecté d’avoir consommé du protoxyde d’azote en novembre dernier, a profondément choqué le pays. Depuis quelques années, l’insécurité routière se développe dans la métropole, mettant en péril la vie de ses habitants.
C’est au cœur de la ville que le corps de Mathis a été retrouvé. Le jeune garçon, étudiant depuis deux ans à Lille, rentrait de soirée avec ses amis au niveau du boulevard de la Liberté lorsqu’un individu a déboulé à pleine vitesse. Poursuivi pour un refus d’obtempérer et ce, malgré le feu vert pour les piétons, il continua sa course effrénée et renversa mortellement le jeune étudiant, âgé d’une vingtaine d’années. Malgré l’augmentation des services de sécurité avec l’installation de caméras dans les axes routiers centraux de la ville, les accidents de ce type se sont multipliés dans la métropole. Dans la capitale des Flandres, et bien que ce chiffre soit en forte baisse, près de 108 accidents impliquant au moins un véhicule et au moins une personne blessée ou tuée ont été enregistrés en 2024. Ces accidents surviennent sur les axes populaires de la ville comme le boulevard de la Liberté, rue Nationale ou encore rue Gambetta. Les conducteurs, pour la plupart des professionnels, rencontrent souvent des piétons imprudents qui mettent en péril la vie d’autrui.
Une histoire qui aurait pu être un drame
Gina est une adolescente comme tout le monde. Originaire d’Italie, elle étudie au lycée privé européen Thérèse d’Avila depuis deux ans. Souriante mais un peu rebelle, la jeune femme avoue avoir pris l’habitude de traverser les passages piétons sans regarder autour d’elle. Pourtant, depuis quelques semaines, Gina ne sourit plus comme avant. Un soir d’école, elle récupère son sac rose pailleté, rue Gambetta. Amoureuse des friperies lilloises, elle s’égare joyeusement dans les ruelles avoisinantes, sans prendre soin d’observer son environnement. Observant sa boutique préférée, elle traverse la route barrée de la rue Gambetta, se pensant hors de danger. Le monde s’arrête devant le bruit rauque de la camionnette. Un klaxon brutal, des injures incompréhensibles et une porte qui se ferme brusquement, Gina n’était à rien d’être un numéro de plus dans les chiffres des accidents de la route. La larme à l’œil et les jambes tremblantes, elle ne peut pas bouger. « J’ai eu la peur de ma vie. J’ai cru que j’étais morte. » Une dame l’accompagne à l’écart, essayant gentiment de la rassurer. Les passants qui chuchotent entre eux sont estomaqués devant la chance inouïe de l’enfant de Turin. Quelques secondes plus tard, la camionnette blanche s’en va enfin, laissant Gina dans sa tourmente.
Sensibiliser pour protéger
Au 31 mai 2023, un rapport du département du Nord recensait une hausse de 18 % des accidents mortels dans le département par rapport à 2017. Depuis, des actions de sensibilisation se sont mises en place par la municipalité afin de lutter contre l’essor de ce fléau. Christophe Debuisson fait partie de ces hommes qui agissent pour rendre les rues de Lille plus sûres. Responsable départemental de la sécurité routière, il dirige une association qui mène des actions de sensibilisation dans la métropole lilloise. Ces missions sont organisées en petit groupe d’une quinzaine d’individus et ont pour mission de faire de la prévention face aux nombreux dangers de la route. « Nous faisons par exemple ce qu’on appelle des « reprises de guidon ». Ce sont des stages qui sont destinés aux motards et qui les accompagnent à reprendre la route après l’hiver pour qu’ils puissent conduire en toute sécurité ».
Cette association est sous la supervision de la mairie de Lille. Cette dernière confère des missions de sensibilisation notamment dans les établissements scolaires afin de lutter efficacement contre la consommation de drogues comme le protoxyde d’azote qui sévit dans la jeunesse. « La plupart des jeunes que nous rencontrons pensent que cela est sans danger alors qu’en réalité, les études montrent aujourd’hui que la consommation du protoxyde d’azote peut avoir des séquelles à vie, notamment au niveau neuronal », précise Christophe Debuisson, responsable de la sécurité routière à Lille.
Les excès de vitesse, fléau de la mortalité routière
Depuis quelques années, les forces de sécurité font face à une multiplication des infractions routières. Ils observent une prolifération de jeunes conducteurs qui sont en provenance de l’étranger et qui conduisent des véhicules non immatriculés. Ces derniers s’amusent notamment à rouler à vive allure le soir sur les grands axes de la ville. Si les décès liés à la consommation de stupéfiants ou à l’alcool ont baissé avec la mise en place d’un contrôle systématique de l’alcoolémie après chaque accident routier, la vitesse reste le premier facteur d’incident. « Après 30 km/h, il y a peu de chances de survie. La vitesse, non seulement est un facteur aggravant car elle peut être létale, mais elle est aussi un élément déclencheur car les incidents coïncident souvent avec une perte de contrôle du véhicule », ajoute Christophe au téléphone.
Aujourd’hui, des discussions sur une refonte de l’examen du permis de conduire en France sont en cours. Avec près de 260 personnes tuées en 2025 selon les chiffres du gouvernement, ces données témoignent que la sécurité tant des piétons que des conducteurs peut basculer à tout moment.