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    Lille : l’ombre de Martine Aubry plane sur les municipales

    Pour la première fois depuis 24 ans, Martine Aubry ne se repré­sen­tera pas. Lille, bastion socia­liste depuis 1955, s’apprête à tourner une page. Entre héritage à préserver, défis sociaux, éco­lo­giques, et la montée des oppo­si­tions, la bataille pour le beffroi s’annonce pleine de surprises.

    En effet, Martine Aubry a présenté sa démission en mars 2025, cédant la place à son dauphin, Arnaud Deslandes. Aujourd’hui, le maire sortant attaché au Parti socia­liste, tente de conserver la mairie face à une gauche divisée et une droite/​extrême droite qui pourrait tirer profit de cette division. 

    Ainsi, les 15 et 22 mars, les Lillois par­ti­ci­pe­ront à des élections au tournant peut-​être his­to­rique, avec un scrutin de liste à deux tours et une prime majo­ri­taire pour remplir les 61 sièges dis­po­nibles au conseil municipal. L’enjeu est clair : maintenir l’ancrage à gauche ou voir émerger une nouvelle majorité.

    Un héritage lourd à porter pour Arnaud Deslandes 

    Pour Arnaud Deslandes, l’équation est délicate : incarner la conti­nuité tout en affirmant son autonomie…

    Dans son programme axé sur “l’écologie muni­ci­pale” (logements abor­dables, bus gratuits, réno­va­tions de friches) et la pré­ser­va­tion des services publics, il mise sur l’expérience et la connais­sance du terrain. Pourtant, son principal défi reste sa notoriété. Élu maire en 2025 après vingt ans comme adjoint, il doit convaincre les Lillois qu’il est plus qu’un “héritier”, mais un leader capable de moder­ni­ser la ville. Lors de l’annonce de sa can­di­da­ture aux muni­ci­pales en juin dernier, il se disait “heureux d’être maire, d’essayer d’être utile à tous les Lillois” en tra­vaillant sur les dif­fi­cul­tés du quotidien comme “la sécurité, les dif­fi­cul­tés sociales, à réfléchir à la ville de demain et à sa cohésion”.

    Une gauche désordonnée

    La division est l’un des maître-​mots de cette campagne. Stéphane Baly (Europe Écologie Les Verts), déjà tête de liste en 2020, mise sur un programme éco­lo­gique. Il prône la réha­bi­li­ta­tion des friches, des trans­ports 100 % propres et la gratuité des bus, mais aussi un espace de baignade libre au sein même de la Deûle.

    De son côté, Lahouaria Addouche (La France Insoumise) s’engage pour une démo­cra­tie par­ti­ci­pa­tive et propose près de 500 mesures sociales pour favoriser notamment l’accès au logement, la pré­ser­va­tion des friches et la mise en place de repas gratuits, bio et végé­ta­riens dans les cantines. 

    La division de la gauche lilloise ne se limite pas aux tensions entre PS, EELV, LFI et PCF. Lutte Ouvrière, menée par un ensei­gnant en lycée, Pierre Madelain, ajoute une voix prononcée à ce paysage éclaté. La liste LO refuse toute alliance et met la priorité sur “les enjeux pour les tra­vailleurs”, l’idée est et a toujours été de “porter la voix des tra­vailleurs : des hommes et des femmes qui ont décidé de se repré­sen­ter eux-​mêmes, parce qu’il n’y a pas à faire confiance aux partis institutionnels.”

    Cette frag­men­ta­tion pourrait disperser les voix et ouvrir la voie à une qua­li­fi­ca­tion de la droite ou du Rassemblement national.

    Une oppor­tu­nité à saisir pour la droite ? 

    Si la gauche semble se déchirer, Matthieu Valet (Rassemblement National) et Louis Delemer (Les Républicains) espèrent que leur heure est arrivée. Ancien com­mis­saire de police, Matthieu Valet place la sécurité au cœur de son programme : “Je m’en occuperai per­son­nel­le­ment étant donné mon expé­rience. Je sais exac­te­ment ce que l’on fera.” Il propose le réar­me­ment de la police muni­ci­pale et l’installation de 1200 caméras de vidéo­sur­veillance. En dehors de la sécurité, il souhaite renforcer les services de santé avec la création de maisons de santé muni­ci­pales dans chaque quartier. 

    Chez Les Républicains, Louis Delemer est parmi les plus jeunes candidats, il axe sa campagne sur la sécurité (ren­for­ce­ment de la police muni­ci­pale), la propreté (lutte contre les dépôts sauvages) et l’attractivité éco­no­mique (soutien aux commerces et réduction des taxes pour les TPE/​PME), avec pour objectif de « redonner à Lille une image de ville propre, sûre et dynamique ». 

    La droite semble prête à profiter d’une dis­per­sion des voix à gauche en sa faveur : “Derrière le duel PS-​EELV, les autres can­di­da­tures (RN, LR) pour­raient profiter d’une division des voix pro­gres­sistes”, souligne Public Sénat

    Trois enjeux prin­ci­paux et un scrutin incertain pour Lille 2026

    Logement, sécurité et écologie dominent les débats.

    Sur le logement, Arnaud Deslandes (PS) propose 1500 logements neufs par an, de son côté Stéphane Baly (EELV) met en avant la réha­bi­li­ta­tion des friches, tandis que Lahouaria Addouche (LFI) prône la mise en place d’une “brigade” du droit au logement avec de nouvelles réglementations.

    Côté sécurité, un clivage entre droite et gauche s’observe, Matthieu Valet (RN) et Louis Delemer (LR) veulent armer la police muni­ci­pale et installer des caméras, tandis que le PS continue de rejeter ces mesures pourtant sédui­santes pour une partie de l’électorat.

    Pour l’écologie, des visions plus nuancées, Stéphane Baly (EELV) mise sur une végé­ta­li­sa­tion impor­tante quand le PS et la droite favo­risent des mesures plus progressives.

    Cette année Lille se trouve à un carrefour, aucun favori n’est encore en vue et le choix des Lillois dessinera le visage de leur ville pour les six pro­chaines années. Un choix qui pourrait bien marquer la fin d’une ère. 

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