La dernière édition du Mondial du tatouage à Paris, début février, a marqué la fin d’un salon emblématique. Sa fréquentation, divisée par deux en dix ans, illustre un possible essoufflement de la pratique en France.
Romain, tatoueur, observe ce changement depuis son salon du 11ème arrondissement de Paris : « On sent que le tatouage n’est plus perçu comme avant. Beaucoup de clients hésitent plus longtemps, veulent des motifs discrets ou facilement dissimulables. Avant, les personnes voulaient montrer qu’elles étaient tatouées, aujourd’hui c’est moins le cas.»
En 2025, l’événement n’avait attiré que 15 000 visiteurs, contre près de 35 000 en 2015. Face à cette chute, les organisateurs ont décidé de clore définitivement le salon lors de son édition 2026. Créé au début des années 2010, il avait accompagné l’essor du tatouage en France, devenu un phénomène culturel de masse. Aujourd’hui, la pratique semble être définitivement entrée dans notre quotidien.
De la transgression à la banalisation
Le tatouage, longtemps associé à la transgression et à l’affirmation de soi, est désormais largement démocratisé. En France, un habitant sur cinq est tatoué, contre un sur dix au début des années 2010. La généralisation a réduit sa valeur distinctive et explique un désintérêt progressif.
Toutefois, cette évolution se traduit aussi chez les tatoués. Camille, 29 ans, porte plusieurs tatouages réalisés entre ses 18 et 22 ans. « À l’époque, c’était presque évident. Dans mon groupe d’amis, tout le monde se faisait tatouer. Avec le recul, certains ne me correspondent plus.» Depuis un an, elle a commencé à se faire enlever un palmier sur l’avant-bras. « Le détatouage est long, cher et douloureux, surtout quand l’encre est colorée.»
Une pratique toujours présente mais plus réfléchie
À l’inverse, certains, comme Julien, 41 ans, revendiquent pleinement leurs tatouages. « Pour moi, ils racontent mon parcours. Même ceux que je ne referais plus ou que je regrette d’avoir fait, ont leur place.» Mais il note une différence autour de lui : « Avant, on me demandait souvent où je les avais faits. Maintenant, c’est plutôt si je compte les enlever.»
Pour les tatoueurs, cette ambivalence transforme la relation avec cette pratique. « Le détatouage existe, donc certains clients savent qu’ils pourront revenir en arrière. Cela change complètement la manière dont on conçoit le tatouage.»
La fermeture du Mondial ne signifie pas la disparition de la pratique. Elle souligne plutôt un changement de statut. Le tatouage n’est plus un acte de rébellion, il est désormais populaire, quotidien et réversible.