Ce week-end, de nombreux rassemblements ont eu lieu en France pour protester contre les (désormais deux) versions de la loi Duplomb. Les marches de l’Opéra lillois, place du Théâtre, étaient ainsi occupées durant une partie de l’après-midi. Le syndicat agricole Confédération paysanne (CP), l’association France Nature Environnement, ou encore l’organisation internationale Greenpeace, se sont passé le micro pendant presque une heure devant près de 300 passants.
Une nouvelle loi, au cœur d’une ancienne contestation
Cette mobilisation d’ampleur s’inscrit dans le contexte d’une nouvelle proposition de loi, déposée le 2 février par le sénateur LR Laurent Duplomb. Cet été, le Conseil constitutionnel censurait déjà une partie de son précédent projet, visant à réintroduire un pesticide jugé dangereux pour l’environnement et potentiellement pour la santé. Une pétition pour son abrogation complète a ensuite réuni plus de deux millions de signatures, permettant un débat prévu à l’Assemblée nationale, le 11 février 2026. Sans même attendre le verdict du Palais-Bourbon, le sénateur de Haute-Loire réitère et dépose donc une nouvelle proposition de loi visant, selon lui, à « éviter la disparition de certaines filières agricoles ». Ses trois articles prévoient la légalisation dans le milieu agricole de deux pesticides de la famille des néonicotinoïdes : l’acétamipride (toxique pour les abeilles) et le flupyradifurone.
Le texte était poussé depuis des mois par la FNSEA et la Coordination rurale, deux syndicats agricoles jugés proches des partis politiques de droite et d’extrême droite. Le nouveau texte a d’ailleurs été co-signé par des sénateurs macronistes, Horizons et radicaux. Ce désaccord entre les différents syndicats agricoles explique l’absence de la FNSEA au rassemblement lillois, ainsi que les nombreuses piques lancées à leur égard ce samedi : « C’est important pour nous de porter la voix du monde agricole, qui se débat en ce moment dans des rapports particuliers, entre la FNSEA, et les autres. » (Porte-parole de la CGT présent sur la place du Théâtre).
La santé par l’agriculture biologique
Le Dr Judith Louyot, membre de l’association “Générations Futures Lille”, a d’abord tenu à remercier les agriculteurs biologiques. « Ce sont eux qui nous empêchent de tomber malades. […] Grâce à eux, il n’y a pas de pesticides dans l’eau que nous buvons, ni dans les animaux que nous mangeons. » La situation personnelle du docteur généraliste explique en partie son opposition ferme à l’agriculture agrochimique : « Nous sommes tous victimes des pesticides de synthèse. Ma mère a un cancer, ma sœur en est morte, et mon neveu est aujourd’hui menacé. Est-ce qu’il n’y a pas de quoi se révolter ? »
Elle donne ensuite la parole à la Confédération paysanne, qui décrit les paysans bio comme les « grands oubliés des politiques publiques de soutien » et affirme se « battre au quotidien pour que ces agriculteurs soient reconnus ».
Tout comme de nombreuses pancartes visibles dans la foule, le syndicaliste de la CP attaque frontalement le sénateur : « Duplomb remet le couvert, pour une loi déjà passée à la trappe, qu’il veut faire passer par la fenêtre. » Remonté, il exprime ensuite les revendications de la Confédération paysanne : « Que demande le monde agricole aujourd’hui ? Plus de revenus, plus de reconnaissance, et une protection ; en tout cas ce n’est pas une loi avec plus de pesticides qui va sortir l’agriculture de ses problématiques actuelles. »

« Nourrir, ce n’est pas produire, c’est prendre soin »
C’est Hugues, maraîcher bio à Villeneuve‑d’Ascq, qui prend la parole en dernier. Il évoque d’abord les AMAP (associations pour le maintien d’une agriculture paysanne), qui permettent « de soutenir les paysans et d’accéder à une alimentation de qualité », puis enchaîne en donnant une touchante vision de son métier : « Pour moi, nourrir, ce n’est pas produire, c’est prendre soin, et c’est très important pour moi de prendre soin de vous et de mon entourage. » Le rassemblement anti-lois Duplomb s’est donc terminé sous les applaudissements, en réponse à la prise de parole du maraîcher.