À Lille, comme dans de nombreuses villes dites étudiantes, les jeudis soirs riment souvent avec fête et jeunesse. Des milliers de jeunes se rejoignent ainsi pour décompresser dans un même quartier qui couvre les rues Masséna, Solférino et rue Royale. Mais derrière l’ambiance festive, les nuisances sonores empoisonnent le quotidien de ceux qui dorment dans les étages.
Pour les résidents installés directement au-dessus des nombreuses adresses festives de Lille, les nuits sont souvent blanches, surtout les jeudis soirs, lorsque les étudiants affluent dans les rues. Alexandre, étudiant de 23 ans habitant près de la boîte de nuit Le Network située dans le quartier Masséna-Solférino, raconte son quotidien : « Je me doutais qu’il y aurait du bruit en emménageant ici mais je ne pensais pas que ce serait à ce point. J’entends les basses de la musique qui passe en discothèque. Au début, c’était compliqué, donc je mettais mes écouteurs pour dormir », confie le jeune homme.
Les habitants plus âgés, comme Chantal, 77 ans, et Jean-Pierre, 79 ans, évoquent de leur côté un problème qui, selon eux, n’a cessé de s’aggraver au fil des décennies. « Lille a toujours été une ville animée, mais ce qu’on vit aujourd’hui, c’est autre chose », déplore Chantal en regardant autour d’elle dans la rue. Jean-Pierre, lui, y voit un même un lien avec ses acouphènes : « Je ne dis pas que c’est à cause de ça, mais je suis sûr que ça n’aide pas ».
Les acteurs de la nuit face à leurs responsabilités
Du côté des bars et discothèques, on essaie de respecter les règles pour limiter l’impact sur le voisinage. Guillaume Delbarre, qui dirige le bar Le Privilège depuis plus de 20 ans, suit la situation de près. « Nous avons un limiteur de son. C’est obligatoire d’en avoir un, il permet de vérifier qu’on ne dépasse pas une certaine limite », explique-t-il.

Pour ce gérant, le problème principal se situe souvent sur le trottoir puisque « les nuisances sonores, ce sont les gens qui démarrent bruyamment des motos, des scooters, ou qui crient dehors après avoir trop bu ». À la tête de L’Autrement Dit, Pierre Morel partage cet effort de régulation : « À l’extérieur, nous demandons aux gens de ne pas parler trop fort, et nous ne faisons pas de vente à emporter afin que les gens ne boivent pas dehors. »
Une municipalité en quête d’équilibre
Face à ces tensions, la mairie de Lille tente de jouer le rôle de médiateur pour que la ville reste attractive sans devenir invivable. Arnaud Taisne, adjoint au maire chargé de la vie nocturne, est l’homme au cœur de ce dossier. « Il existe déjà une réglementation claire pour limiter les nuisances sonores, mais tout dépend de la bonne foi des acteurs », affirme t‑il. L’élu s’appuie sur la charte de la vie nocturne définie en 2022 pour encadrer les pratiques.
« La charte nous a permis de poser par écrit certaines règles. Ce n’est pas révolutionnaire mais c’est déjà une bonne base de dialogue ».
Au-delà de cette volonté affichée, la municipalité peut aussi s’appuyer sur la répression. En cas de tapage nocturne, les forces de l’ordre peuvent dresser des procès-verbaux : 68 euros d’amende, jusqu’à 180 en cas de majoration. Les établissements, eux, risquent avertissements, fermetures temporaires, voire un retrait d’autorisation en cas de récidive.