À 22 ans, Lou Le roux pratique le modèle vivant, tout en suivant des études d’animation 2D à Roubaix. Depuis près d’un an, elle pose nue avec assurance, et revient sur cette activité professionnelle, loin d’être anodine.
Lorsque Lou Le Roux, au détour d’une conversation, fait allusion à son job étudiant, elle prend plaisir à lire l’étonnement sur le visage de ses interlocuteurs. Et pour cause, à 22 ans, l’étudiante en animation 2D à Roubaix, ne fait pas un travail comme les autres. Depuis près d’un an, elle pose sous les regards avisés d’inconnus, venus transposer sur le papier les courbes de son corps mis à nu.
Du dessin à la pose
Lors de sa première année à l’école Piktura, Lou Le Roux a pratiqué le dessin de modèle vivant. Elle est rapidement passée de l’autre côté du chevalet, en demandant à l’un de ses professeurs des conseils et des contacts professionnels. La jeune femme esquisse un sourire lorsqu’elle se remémore sa première expérience : « Il n’y avait que des petits vieux ! C’était une séance un peu spéciale, où je posais tout en dégustant des gâteaux et du thé » relate-t-elle. « J’avais super mal ! J’attendais les poses courtes comme le messie » ironise l’étudiante, qui ne s’attendait pas à avoir tant de mal à tenir les poses. Malgré ces désagréments, la femme aux mèches de cheveux bleues a fini sa prestation sous les applaudissements : « C’était incroyable, car c’était la première fois qu’on me félicitait pour mon travail » rapporte-t-elle, sans se départir de sa modestie. Lou s’est ainsi lancée dans le modèle vivant, sans réelle appréhension et en totale adéquation avec son image : « Il faut avoir une bonne estime de soi à la base et se lâcher. Si tu es gênée, les gens vont le sentir ».
S’affirmer face aux comportements intrusifs
Contrairement aux idées reçues, les femmes pratiquant le modèle vivant ne subissent pas de plein fouet l’hyper-sexualisation du corps féminin. Les participants, venus étudier les proportions, se focalisent surtout sur les courbes et les formes, plutôt que sur la nudité en elle-même. Malgré cette réalité, Lou Le Roux témoigne de certains comportements inopportuns. « Ce n’est rien de suggestif, mais le simple fait que les hommes se permettent de me signifier comment je dois faire mon travail est très audacieux » rapporte-t-elle. La jeune femme n’hésite d’ailleurs pas à s’affirmer face à ces comportements parasites.
Les hommes ont-ils moins confiance en eux ?
Alors que, selon son expérience, ce sont davantage les hommes qui s’autorisent à commenter ses poses, l’étudiante en est venue à faire un constat surprenant : « Les hommes avec qui je parle de la pratique du modèle vivant ont beaucoup plus de mal à envisager la chose ». Au cours de ces conversations, l’argument du manque d’estime de soi revient beaucoup. « Les hommes ont moins confiance en eux que les femmes » observe Lou Le Roux, qui souligne le faible taux de modèle masculin dans la profession.