« C’est comme voir des étoiles filantes en pleine journée »

Samedi 28 février, 8 heures du matin. Les premières sirènes reten­tissent en Israël. Les télé­phones vibrent presque en même temps. Une attaque coor­don­née par Israël et les États- Unis vise plusieurs sites en Iran. La riposte Iranienne ne tardera pas. En quelques minutes, les habitants des­cendent dans les abris. La guerre s’invite dans le quotidien. 

Depuis samedi, les échanges de missiles entre l’Iran et Israël, soutenu par l’armée amé­ri­caine, embrasent le Moyen-​Orient. À Tel Aviv, l’alarme se déclenche. Les rues se vident et les sous-sols se rem­plissent. Certains immeubles trop anciens ne disposent pas d’abri renforcé. Les familles se regroupent dans les parkings sou­ter­rains, matelas et cou­ver­tures sous le bras. « Cette semaine, les enfants ont quand même voulu se déguiser pour Pourim (fête juive) et hier, il y a même eu un couple qui s’est marié dans le parking souterrain », raconte Khay, habitant de Tel Aviv. 

Depuis plusieurs semaines, les médias israé­liens évo­quaient la possibilité d’un affron­te­ment direct avec l’Iran. « On ne savait pas quand, mais on savait que cela allait arriver dans les jours ou les semaines à venir », explique Dalia, la mère de Khay. Raziel, le savait aussi. Ancien soldat aujourd’hui volon­taire, il reprend l’argument avancé par les autorités. « Une guerre avec l’Iran était inévi­table. Ils étaient à quelques jours de ras­sem­bler les éléments néces­saires à la fabri­ca­tion de onze bombes atomiques. » À ce stade, aucun élément public ne permet de confirmer cette affir­ma­tion. Ces frappes inter­viennent alors que des dis­cus­sions étaient en cours entre les États-​Unis et l’Iran concer­nant le programme nucléaire. Aucun compromis n’avait été trouvé. Très vite, le conflit déborde. Après des tirs reven­di­qués par le Hezbollah, les échanges s’étendent au Liban. L’armée israé­lienne se retrouve engagée sur deux fronts.

Malgré les sirènes, la vie continue

Pour certains habitants, la répé­ti­tion des alertes a installé une forme d’accoutumance.

« Étonnamment, je n’ai plus peur
des alarmes comme
avant.
J’ai l’impression de m’y
être habituée »

Asia, 15 ans.

A l‘étage d’en dessous, sa mère travaille depuis la table du salon. Ordinateur ouvert, café à moitié froid. « On continue de tra­vailler à distance. Les super­mar­chés restent ouverts et certains restaurants proposent des plats à emporter. Les autres commerces et les écoles sont fermés », précise Dalia.

Le quotidien s’organise autour des consignes de sécurité. « Si les missiles viennent d’Iran, on reçoit une alerte environ dix minutes avant sur nos télé­phones. On court dans l’abri. Pour les missiles libanais, l’alarme retentit direc­te­ment car ils arrivent plus rapi­de­ment ». Certains missiles inter­cep­tés par le Dôme de fer restent visibles dans le ciel. Avec ses yeux d’enfant, Shaked, 8 ans, observe les traînées lumi­neuses. « C’est comme des grosses étoiles filantes qui tombent en pleine journée ». Presque toutes les heures les alarmes retentissent mais pas cette nuit.

« Aujourd’hui, la première alarme a eu lieu à 6 heures. Maintenant on essaye de faire passer le temps, on a joué aux devi­nettes, fait des TikTok, un gâteau, mais je commence à m’ennuyer. On a hâte de pouvoir retourner à l’école » m’affirme l’adolescente.

Une guerre, plusieurs réalités

Tous ne vivent pas la situation de la même manière. Dalia dispose d’un bunker dans sa maison. « Depuis 1990, toutes les nouvelles maisons doivent avoir une pièce avec une porte et une fenêtre blindée. Je reste chez moi la plupart du temps et quand l’alarme retentit, je vais dans ma chambre avec mon mari. » Même le chien a pris l’habitude. « Il court direc­te­ment dans la chambre, ou fait un détour aux toilettes comme mon mari », raconte-t‑elle dans un demi sourire.

A 1600km d’Asia ou de Dalia, les autorités restreignent l’accès à internet. En Iran, les infor­ma­tions circulent dif­fi­ci­le­ment. Les habitants vivent eux aussi au rythme des explo­sions et le nombre de victimes civiles augmente chaque jour. D’un côté comme de l’autre, la guerre trans­forme le quotidien des civils. Entre sirènes, abris et attente, chacun tente de maintenir une forme de normalité. Certains se déguisent, d’autres se marient. Et pendant que les adultes comptent les inter­cep­tions, les décès ou les blessés, une enfant lève les yeux vers le ciel et y voit des étoiles en pleine journée.

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