De fille d’ouvrier à ministre et peut-être bientôt maire de paris, Rachida Dati illustre une ascension sociale remarquable. Mais accéder à un emploi, un stage ou une alternance sans piston reste un défi. En sociologie, il désigne ce favoritisme basé sur les relations personnelles, qui facilite l’accès à certaines opportunités. Quel rôle joue le piston dans la réussite ?
« Je suis désolé, c’est exceptionnel,mais le poste sur lequel tu candidates a déjà été pris par le fils du directeur… » Ainsi s’est clos l’échange téléphonique entre Tom, étudiant en journalisme, et un potentiel employeur. « Je n’ai mêmepas eu l’opportunité de faire mes preuves. On ne m’a pas évaluépar rapport à ce que je vaux… », déplore celui qui sera diplômé au mois d’avril. Le piston, un phénomène qui continue de nourrir le sentiment d’injustice
chez de nombreux jeunes candidats.
« On a tous un jour déjà bénéficié d’un piston »
« C’est vrai que ce genre de pratiques injustes profite à ceux qui ont des réseaux. » admet Catherine Hopfner, directrice de la communication chez Engie Green. Déborah, responsable Ressources Humaines dans une association à Amiens, tente de nuancer : « On a tous un réseau et je pars du principe qu’on a tous déjà un jour ou l’autre bénéficié d’un piston. De toute façon, la personne recommandée ne sera pas recrutée si elle ne correspond pas au profil recherché.» Pour autant, être reçu en entretien reste, selon Catherine Hopfner, une opportunité non négligeable.« Quand un directeur envoie quelqu’un, tu es obligé de recevoir la personne même si tu n’es pas obligé de la recruter. C’est la force des réseaux. »
« On n’est pas embauché
uniquement grâce au piston. »
Catherine Hopfner, directrice
communication
Ça n’ouvre pas toutes les portes
« Il ne faut pas non plus trop fantasmer sur le piston : pour un stage, oui, c’est déterminant, mais on n’est pas embauché uniquement grâce à un piston. C’est une chose d’engager un garçon de café, mais c’en est une autre d’employer quelqu’un de très important. Il y a une limite », explique Catherine Hopfner, qui recrute régulièrement
de nouveaux collaborateurs. Un constat partagé par Hans, étudiant , qui, malgré quelques pistons ici et là, n’a
pas trouvé d’alternance grâce à eux et s’est rabattu sur les offres publiées sur le site de son université. « Les pistes que j’avais m’ont donné beaucoup d’espoir au début, mais c’est vite tombé à l’eau. Comme quoi, ça ne fait pas tout… » Déborah ajoute : « Embaucher quelqu’un uniquement par piston, sans compétences, peut nuire à la performance, à l’ambiance de travail et à l’image de l’entreprise. Il est donc rarement suffisant à lui seul. »
Le chiffre clé
68% des étudiants déclarent avoir eu des difficultés à trouver une alternance.
« LinkedIn ? C’est un grand oui ! » Quand les réseaux sociaux donnent un coup de pouce dans la recherche d’alternance
Du milieu étudiant au monde de l’entreprise, il faut créer des ponts. Pour les futurs diplômés, comprendre les codes et le vocabulaire du monde professionnel n’est pas toujours évident. Au Career Center de la Catho, Isabelle Daniel remarque des disparités chez les jeunes qu’elle accompagne : « Il y en a qui ont un réseau autour d’eux, et d’autres pas du tout, c’est assez injuste », explique-t-elle, avant d’ajouter : « La solution ? LinkedIn ! » Elle l’assure : « L’application sert à briser la reproduction sociale. Certains arrivent sans aucun contact et, grâce à LinkedIn, repartent en ayant décroché le stage de leurs rêves. » Un avis partagé par Thibault Serre, alternant, qui a lui aussi trouvé grâce à LinkedIn : « L’avantage, c’est que le catalogue est diversifié. Ça permet de postuler en quelques clics à des centaines d’offres.»Pourtant, Sarah T, sociologue du travail, se veut plus prudente : « La mise en relation informelle par la famille et l’entourage n’est pas, à mon sens, comparable avec les réseaux sociaux professionnels. Ceux qui créent des comptes sur LinkedIn montrent déjà qu’ils possèdent une culture du travail que d’autres classes sociales n’ont pas. »

Trouver une alternance sans piston, c’est possible ?
« J’ai envoyé 133 demandes et j’ai eu sept entretiens… » Il y a tout juste un an, Clarisse sillonnait les rues de Reims, une veste de tailleur sur les épaules et une pile de CV sous le bras, à la recherche – en vain – d’une entreprise prête à l’accueillir. « Vers la fin, j’ai arrêté de faire la difficile… » Pendant près de six mois, sa recherche d’alternance s’est transformée en véritable parcours du combattant. Courriels restés sans réponse, relances, refus : un quotidien éprouvant qui ne s’est achevé qu’à la fin du mois d’août 2025.
Un rêve revu à la baisse
« Au départ, je cherchais une entreprise dans le secteur du luxe, mais j’ai vite abandonné. » Issue d’une famille modeste – une mère aide-soignante et un père ouvrier, Clarisse a finalement choisi d’élargir ses horizons pour démarrer sa carrière. « J’ai toqué à la porte de toutes les entreprises que je trouvais. » Armée de patience et d’une bonne dose de persévérance, l’étudiante en communication a finalement posé ses affaires dans une coopérative agricole.« Au départ, j’étais déçue de ne pas avoir trouvé dans le milieu que je visais… mais finalement, je me sens bien ici. »
