Après la mort de Khamenei, l’espoir d’un Iran libre ?

Samedi 28 février, Ali Khamenei, guide suprême de l’Iran depuis 36 ans, a été tué lors de frappes conjointes menées par Israël et les États-​Unis. Cette annonce a déclenché un séisme politique dans le pays, bou­le­ver­sant l’ordre établi depuis des décennies. À l’étranger, comme en France, la com­mu­nauté iranienne traverse ce moment d’histoire avec beaucoup d’émotions.

Lunettes de soleil encore posées sur le nez, écharpe légère nouée autour du cou, veste fine accordée aux premiers rayons du soleil, Arash*, d’origine iranienne, vit en France depuis une dizaine d’années. Il est ici pour parler de la mort d’Ali Khamenei. D’abord hésitant, il finit par se lancer : « C’est un sou­la­ge­ment. Avec lui, c’est aussi un biais idéo­lo­gique du régime qui disparaît. » Mais très vite, la nuance s’impose : « Moi, per­son­nel­le­ment, j’aurais aimé qu’il soit jugé. » Sa famille est restée en Iran et les contacts sont rares, dif­fi­ciles, souvent incer­tains. Ce qu’il parvient néanmoins à confier, avec un léger sourire chargé d’émotion, c’est que les siens sont sortis célébrer la nouvelle, klaxon­nant dans les rues malgré le fracas des bombes. Lorsque l’on évoque l’incertitude, Arash balaie presque le mot d’un geste de la main : « L’incertitude, on l’avait aussi bien sous la répu­blique islamique qu’aujourd’hui. » À l’écouter, une autre inquié­tude affleure. Celle du silence. L’information a‑t-​elle été suf­fi­sam­ment relayée dans les médias ? Il secoue la tête. « Non. Parce que c’est un pays très fermé. On n’a pas accès aux infor­ma­tions exactes. » 

Se souvenir des visages pour com­prendre l’histoire

Entre l’Iran et la diaspora, les réactions diffèrent parfois. La distance change tout. « Ici, on voit des images. Là-​bas, on le vit en chair et en os. » Pourtant, au-​delà des nuances, un consensus demeure. Empêcher que la République islamique devienne une puissance nucléaire, et ouvrir enfin la voie à une tran­si­tion démo­cra­tique. « Là-​dessus, ils sont d’accord. Ici comme là-​bas. » Sur le plan his­to­rique, la dis­pa­ri­tion de Ali Khamenei marque un tournant. Figure cha­ris­ma­tique, pilier religieux et politique, soutien des élites éco­no­miques du régime, il était « d’une certaine manière irrem­pla­çable ». Celui qui lui succédera n’aura sans doute jamais la même légi­ti­mité. « Un pilier du régime est tombé », résume-​t-​il. Une chose, lui paraît alors certaine : « Le régime a perdu sa légi­ti­mité depuis longtemps. Bien avant aujourd’hui. » Alors comment cette journée du 28 février sera-​t-​elle racontée dans plusieurs années ? Arash réfléchit, choisit ses mots. Cette question l’inspire. « Peut-​être comme un moment de sou­la­ge­ment. Mais aussi comme une occasion manquée. On aurait voulu un procès. Comprendre les décisions, entendre les expli­ca­tions. » Dans dix ans, il en parlera assure-​t-​il. Et il sait déjà par quoi il com­men­cera : « Je montrerai les images des gens qui fêtent dans les rues d’Iran. » Car il veut d’abord cela : se souvenir de ces visages.

* Ndlr : le prénom a été modifié.

Les dates clés du régime d’Ali Khamenei

  • 2 octobre 1981 : élu président de la République islamique d’Iran.
  • 4 juin 1989 : après la mort de Rouhollah Khomeini, il est élu Guide suprême
    par l’Assemblée des experts.
  • 13 juin 2009 : début du mouvement vert pour protester contre les résultats
    de l’élection présidentielle.
  • 14 juillet 2015 : approuve l’accord de Vienne sur le programme nucléaire iranien.
  • 17 janvier 2026 : réprime fermement les grandes mani­fes­ta­tions en Iran.
  • 28 février 2026 : mort d’Ali Khamenei lors de frappes mili­taires conjointes
    des États-​Unis et d’Israël sur Téhéran (annoncé offi­ciel­le­ment le 1ᵉʳ mars 2026).

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