Endométriose : quand la maladie force les femmes à quitter leur travail

Une femme sur dix est atteinte d’endométriose, une maladie chronique pro­vo­quant des douleurs pel­viennes intenses. Diagnostic tardif, inter­ven­tions lourdes : un combat médical poussant certaines femmes à renoncer à leur carrière ou à subir une hystérectomie.

Aller tra­vailler ou ranger défi­ni­ti­ve­ment sa blouse blanche d’agent d’entretien au placard ? C’est la question que se pose Jenny Schellebtoodt ori­gi­naire de Belgique chaque matin. Ses journées sont rythmées par des décharges dans le bas-​ventre, des crampes qui irradient jusque dans le dos, des douleurs si intenses qu’elles coupent le souffle. Au-​delà de la maladie, c’est toute sa vie pro­fes­sion­nelle qui vacille. Son combat devient alors de décider : tenir encore une journée de travail ou renoncer. « Pour quelqu’un de très active comme moi, il y a des jours où j’ai envie de rester en boule dans mon lit », se désole la jeune femme. Jenny a découvert son endo­mé­triose il y a quinze ans, presque par hasard. Une maladie gyné­co­lo­gique qui touche environ une femme sur dix en âge de procréer. Elle est liée à la présence de tissu semblable à la muqueuse utérine qui se déve­loppent en dehors de l’utérus. Au moment des règles elle cause des douleurs inva­li­dantes. Il y a un an, une inter­ven­tion chi­rur­gi­cale finit par révéler l’origine du mal : une endo­mé­triose digestive sévère, installée au niveau de l’intestin, de la vessie et de l’utérus. « Je l’ai su bêtement. J’avais très mal au dos du côté gauche et ça me donnait dans le ventre… J’ai d’abord cru que c’était mon dos qui me faisait mal jusque dans le ventre, mais en fait c’était l’inverse », confie-​t-​elle. Le choc est brutal. Un segment d’intestin est nécrosé. Les chi­rur­giens n’ont pas d’autre choix que de pratiquer une stomie. Pendant deux mois, Jenny a vécu avec une poche intes­ti­nale. Deux mois à réap­prendre les gestes du quotidien, à appri­voi­ser son corps autrement. Faute de résultat probant, elle envisage l’hystérectomie, une chirurgie qui consiste en l’ablation de l’utérus comme l’ultime recours pour tenter d’endiguer la maladie : « Je suis sous trai­te­ment, on a essayé plusieurs trai­te­ments mais rien ne fonc­tionne, je vais donc me rabattre sur le trai­te­ment de la dernière chance : l’hystérectomie, donc je croise les doigts pour que cela fonctionne. »

L’hystérectomie, l’opération de la dernière chance

Émilie, elle, a décidé de sauter le pas et passer sous les bistouris, le 25 février. Une décision lon­gue­ment réfléchie mais comme beaucoup de femmes atteintes d’endométriose, la jeune lilloise de 36 ans s’est heurtée à une résis­tance médicale : « Ça faisait cinq ans que je voulais me faire opérer. Mais à cause de mon âge, les gyné­co­logues que j’ai ren­con­trés voulaient uni­que­ment me prescrire la pilule. Pourtant, j’avais bien expliqué que je ne voulais plus d’enfant, surtout après les fausses couches qui m’ont trau­ma­ti­sée ». En parallèle, c’est un autre combat qu’Émilie a vécu : le regard des autres. « Mon entourage ne com­pre­nait pas la souf­france que j’endurais chaque mois. Le fait de devoir justifier à mon travail pourquoi je restais si longtemps aux toilettes, tout ça s’est répercuté sur mon mental. »

Mais bien décidée à aller mieux, elle passe une écho­gra­phie de routine et les médecins découvrent un héman­giome, une tumeur bénigne du foie. « C’est grâce à ça que mon gyné­co­logue décide que la seule solution qu’il reste, c’est l’opération. De toute façon, j’étais déter­mi­née à faire le tour des cabinets jusqu’à en trouver un qui accepte enfin de m’opérer », espère-​t-​elle. Si, l’hystérectomie est souvent présentée comme une solution miracle, les chiffres montrent qu’il y a un taux de récidive de 7% en raison du caractère chronique de la maladie.

Le long chemin vers le diagnostic

Selon la « Fondation recherche endo­mé­triose », le parcours diag­nos­tique des patientes est d’une durée moyenne de sept ans. Une errance médicale qui s’explique par la mécon­nais­sance per­sis­tante de la patho­lo­gie : « L’endométriose est une maladie complexe, qui ne se repère pas toujours faci­le­ment. Pendant longtemps, on disait que seule la chirurgie, avec l’analyse des lésions pouvait confirmer la maladie. Aujourd’hui, ce n’est plus sys­té­ma­ti­que­ment néces­saire », explique le docteur Alice Cathelain, chi­rur­gienne gyné­co­lo­gique au Centre Hospitalier Universitaire de Lille. Une lenteur que les femmes touchées par la maladie espèrent voir se réduire dans les années à venir.

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